C’est pour ces raisons que ma fille s’est séparée de l’école Montessori de **; la directrice voulait des résultats à montrer aux parents, et était plutôt dirigiste, bref pas trop dans la ligne.
Nous en fait on n’est pas contre le dirigisme, parce que sinon c’est n’importe quoi. On voit avec S* que si on la laisse faire « ce qu’elle veut », ça sombre instantanément dans le vital et le chaos. Par exemple si on la met devant un orgue, elle se met à taper dessus comme une malade pour s’exciter. D’après Alix c’est ce que font spontanément les enfants à l’école, quand il donne un instrument à tous c’est la cacophonie intégrale. C’est pareil avec les feutres, ou n’importe quoi d’autre : l’anarchie spontanée. Et cela semble assez normal parce que c’est plus facile de taper sur un orgue pour faire du bruit que d’apprendre à jouer l’Art de la fugue. Le cerveau choisit la facilité, il est fabriqué comme ça.
Il est bien possible que les enfants soient attirés par une certaine forme d’apprentissage, mais ça ne va jamais très loin, le cerveau a toujours tendance à s’arrêter aux limites de ce qu’il connaît – et faut-il encore qu’il sache qu’il est possible d’apprendre la musique. Une fois qu’il le sait, il peut vouloir l’apprendre… mais tout de même pas trop. Alix qui fait actuellement des stages d’orgues s’aperçoit en discutant avec les gens que chacun a tendance à rester confiné à son instrument en estimant que les autres c’est moins bien. Les organistes méprisent les pianistes et vice-versa. Il en résulte une « interdiction » (!) de comparer les instruments, car chacun sait que ça va aboutir au mépris réciproque. De même, il a essayé de discuter avec une prof de piano des méthodes de Marie Jaëll (la meilleure pianiste de son époque après Liszt), l’autre a coupé court à toute conversation en expliquant que tout allait très bien par soi-même.
Il a également écumé les cours d’aikido pour comparer les méthodes des profs, ce qui l’a rendu enfin capable de comprendre les principes de base, mais il s’est aperçu qu’il était la seule personne à faire cela.
Moi-même, je constate sans arrêt en parlant avec les gens qu’il n’y en a aucun qui souhaite sortir de sa petite boîte. Même quelqu’un qui se dédie à en sortir (j’ai quand même quelques amis qui sont convaincus de cette nécessité et qui donc l’ont admise en tant que principe de base) a tendance à revenir toujours aux même choses sans s’en rendre compte et à discréditer le reste.
Donc quand on nous parle d’un système éducatif où l’enfant fait ce vers quoi il est attiré, ça ne peut pas donner un esprit universel (ce qui est la possibilité que Dieu a donné à l’être humain), parce qu’il n’y a pas plus d’une personne sur un million qui est spontanément attirée par l’universalité (Mère est un bon exemple, et cependant, elle n’a rien compris aux religions, elle n’a pas pu prendre le moule de ce qu’elle a lu et deviner ce qu’il y avait derrière)
Ce qui nous déplaît dans cette école c’est qu’ils véhiculent l’esprit du temps : le « respect » obligé d’autrui plutôt que la connaissance, la fausse empathie pour faire rempart à la détestation qui est automatique. Le jour où S* a mis le pied dans l’école pour la visite, un gosse de 4 ans s’est approché pour lui dire que c’était pas son école et qu’elle devait dégager. Voilà ce qui surgit spontanément. Mais au lieu d’apprendre aux enfants à se connaître réciproquement, à développer une véritable empathie (sur la base de la conscience qu’ils se détestent naturellement), on les oblige à être polis et à « respecter l’autre », tout en l’ignorant royalement et en le méprisant secrètement. C’est le sens de cette fameuse Communication Non Violente qui se répand à l’heure actuelle. On dénie au gens le droit de détester les autres, on prétend qu’au fond ils les aiment, ce qui n’est absolument pas le cas, parce que pour ça, il faudrait connaître leur réelles qualités devant Dieu. Ce qu’ont est loin de pouvoir connaître, vu qu’on ne connaît même pas les nôtres.