Mère Teresa et le désir de Dieu
En lisant les écrits de Mère Teresa, je me dis que quelque part, elle ne devait pas être loin de la sainteté - ou peut-être y était-elle, en tous cas rien à voir avec Soeur Emmanuelle qi n'avait pas la moindre idée de ce que ça pouvait être. Je dis cela parce qu'à 95 ans elle adorait encore les activités mondaines, ce qui n'est pas très bon signe. Bref.
Mère Teresa par contre a été fort mal instruite, ce qui est normal puisque l'Eglise a pratiquement perdu tout son trésor qui reste maintenant enterré dans des livres poussiéreux. Elle effet, durant 40 ans elle est restée dans la nuit obscure où elle se sentait rejetée de Dieu, mais ce sentiment de rejet est clairement une affaire de conception. On se sent rejeté de Dieu pour autant qu'on en a une certaine conception, et sa conception était fautive, à lire ses lettres. En effet, elle se sentait rejetée de Dieu tout en ayant le désir (douloureux) de Dieu. Les gens rejetés de Dieu (ou plutôt qui rejettent Dieu) n'en ont aucun désir, c'est le signe indubitable. Avoir le désir de lui, c'est être aimé de lui. Mais à ce point, il y a deux façons d'en avoir le désir, une façon joyeuse, et une façon douloureuse. Qui correspondent aux Noms de Beauté et de Majesté, aux divinités paisibles et courroucées. Le soufisme parle de deux mouvements chez le mystique, expansion (bast) et contraction (qabd). L'expansion est évidemment plus agréable, mais la contraction est plus utile, parce que c'est à ce moment que le karma est véritablement brûlé. Quand une matière brûle, elle peut brûler avec clarté ou dégager une épaisse fumée. Mais tant qu'il y a du feu, c'est l'oeuvre de Dieu, pourrait-on dire.
Le souci de Mère Teresa, c'est qu'elle a partagé le karma des réprouvés. Ce qui était bien normal, puisqu'elle priait pour eux. On partage le karma de ceux pour qui l'on prie. Soeur Emmanuel priait, semblait-il, pour des musulmans qui avaient relativement la foi - les chiffonnier du Caire - sans compter qu'elle n'était pas trop en état de prendre le karma de qui que ce soit. Raison pour laquelle elle a eu beaucoup de joie dans sa vie. Mère Teresa priait pour des Intouchables indiens, des gens rejetés de toute religion, et désespérés. Et sans doute beaucoup d'autres, qui n'avaient pas forcément tant de religion que ça. C'était une vocation beaucoup plus difficile, malgré une apparente similitude, vue de l'extérieur.
Si elle avait appris à identifier l'absence comme une présence dès l'origine - et c'est possible en se questionnant sur ce qu'est réellement la "présence" de Dieu - elle aurait vécu les choses différemment. La véritable présence de Dieu, c'est le désir de Dieu, tout le reste est une qualification de cette présence. Et ce désir, elle l'avait très fortement. Malheureusement, les chrétiens n'apprennent à identifier la présence de Dieu que comme consolation sensible. La nuit obscure a justement pour fonction de leur faire comprendre que Dieu, c'est tout autre chose que des consolations sensibles. Le saint est abandonné jusqu'à ce qu'il sache identifier Dieu en tant qu'essence, et le voir dans tous ses Noms. Il semble que Mère Teresa ait eu à porter le karma d'autres personnes avant d'être parvenue à ce point, ce qui lui a rendu la tâche particulièrement difficile puisque ses confesseurs n'y connaissaient pas grand chose.
















