Christianisme commun, christianisme mystique
"je pratique les méditations de François de Sales, j'en suis assez content, j'ai pu constater que je me mettais moins en colère, que je contrôlais mieux mes pulsions sexuelles"
Ah oui, j'ai noté qu'il y avait un grand blanc dans le récit de la nuit de "noces" de Captain Savoy (quoique je n'ai pas compris, peut-être ne sont-ils pas encore tout à fait mariés). J'ai procédé à l'inverse dans mes histoires, mes héros ont fait tout et n'importe quoi, ce qui était une façon de confesser mes idées bizarres, et à force de les confesser, elles ont fini par être remplacées par d'autres.
Maintenant ils en sont à des unions mystiques qui sont un véritable défi pour l'imagination. Je suis obligé de solliciter la transmission d'Angèle de Foligno et autres saintes pour en obtenir des cognitions valides (le terme tibétain pour "une conception correcte dont on a la réalisation"). C'est un domaine qui semble infini et très difficile à appréhender en même temps, car notre corps ne tient pas le choc, même notre intelligence implose.
Pour ce qui est des chrétiens, il faut bien discerner qu'il y a deux façons de faire, qu'on pourrait apparenter à la façon des sutras et des tantras. Dans la méthode des sutras, on se tourne vers le bien et on rejette le mal (pour faire simple). Dit autrement, on ne mange pas du poison. Dans les tantras, on transmute, non pas le négatif en positif, mais le négatif+positif en félicité. En effet négatif et positif sont les deux faces de la même médaille qui est l'ignorance.J'en reviens aux chrétiens que tu connais mieux je pense.
Si l'on ne regarde qu'une part des "instructions", on comprend qu'il faut mener une existence de vertus et rejeter le péché. Chacun constatera pour lui-même que si ça permet d'éviter les incendies, cela évite également l'incendie de l'amour séraphique... En réalité, la vraie chose qui fonctionne, c'est la confession, reconnaître ce que nous sommes vraiment. Et c'est là que c'est difficile, car nous ne sommes que péché, rien d'autre.
Les tibétains diraient que nous ne sommes qu'ignorance, que cela se traduise par attraction ou répulsion. Soi-disant-amour ou haine. Prendre le "bon" en espérant l'étendre au profit du mauvais ne fonctionne tout simplement pas, parce qu'il n'y a pas de véritable bon à la base. Le bon vient forcément de la transmutation du négatif/positif, de sa réintégration dans le divin. On sait que la colère a été vaincue quand elle se transmute en félicité, non quand on reste calme. L'amour séraphique ne peut venir que de la transmutation de toutes nos négativités qui sont en quantité infinie. Ce qui ne se produit que par la confession.
Exemple simple : je suis en colère contre une personne. La façon fausse :"Cette personne n'est qu'un pauvre enfant, il ne sait pas ce qu'il fait, et puis la colère n'a jamais rien apporté de bon à personne, je ne veux pas finir en enfer, je dois penser à Jésus qui a subi bien plus, je serais un mécréant de mal me comporter etc". La façon qui produit un vrai résultat "Mon Dieu je déteste ce pauvre gosse, je voudrais lui arracher la tête, je jeter par la fenêtre, mais il y a mieux, je suis fier de moi, je suis content d'être comme ça, comment peut-on tomber si bas ? Mon Dieu aide-moi, je ne vaux pas mieux que les démons, je suis incapable de me changer, je suis un hypocrite et un menteur, je me fais passer pour un homme de bien, sans toi que vais-je devenir ? Je ne mérite que l'enfer mais je t'aime". Bref, mettre côte-à-côte la contemplation du plus horrible et du plus sublime, de notre petitesse et de la grandeur de Dieu.
Angèle de Foligno a porté au maximum cette sorte de folie, ses écrits sont une très bonne inspiration. Cela permet d'ouvrir le canal central et d'y faire entrer tous les souffles contaminés. On se met à pleurer, pleurer, c'est très douloureux physiquement évidemment (si on ne sent pas cette douleur, c'est qu'on s'y prend mal, elle est obligatoire, parce que nos canaux sont trop petits pour toute cette énergie). J'ajoute que l'amour, le vrai, est très douloureux lui aussi, pour la même raison, sauf quand l'énergie s'adapte à nos canaux, ou qu'on se décale du corps physique (ce qui se passe pendant l'extase où, dans ce cas, l'amour peut devenir infini, le corps subtil étant totalement dégagé du corps physique).
Je ne dis pas que ce soit possible en classe ! Moi je fais ça le soir dans mon lit, au calme. Des choses me reviennent et c'est positivement horrible de voir la somme de misères que nous sommes, ces temps-ci c'est toute mon enfance qui me revient, parfois je me dis que mon corps physique n'y survivra jamais, car je sais que le "meilleur" est à venir, je vois qu'il n'y a pas de fond à cet abîme, qui n'est en réalité que l'autre face de la grandeur divine. Nous sommes des êtres incroyablement limités en un sens, mais notre misère est tellement grande qu'elle nous conduit dans l'infini de Dieu. C'est le génie du christianisme de l'avoir découvert.
















