Sens du christianisme et stigmatisation
Les saints ont tendance à nous dire que la Passion de Jésus est le fruit de nos péchés en un sens assez direct, par exemple qu'on lui donner à boire du vinaigre du fait que nous buvons beaucoup de boissons agréables, qu'il a eu une couronne d'épines parce que nous essayons sans cesse de se glorifier... que sa Passion serait en quelque sorte comme l'image inversée de notre vie. J'ai l'impression qu'une telle vision des choses est à l'usage des esprits un peu primitifs. Pour ma part, j'ai le sentiment que ses blessures sont la traduction physique d'un phénomène spirituel, à savoir que nous refusons son amour. Cela revient au même, en un sens, mais vu sous un autre angle, où il paraît plus facile de sentir le lien direct. En effet, quand une personne refuse notre amour, nous nous sentons en quelque sorte crucifié (à partir du moment où nous n'avons plus ce réflexe naturel de la rejeter pour nous venger), et cela explique à mon sens le phénomène de la stigmatisation. En effet, n'importe quelle personne qui se livre à l'amour divin constatera que cet amour veut la traverser pour aller vers d'autres... et que les autres refusent. Il est donc normal que ces personnes finissent par vraiment ressembler au Christ, qui est l'archétype de l'amour absolu rejeté par tous. Sans doute que d'autres causes entrent en compte dans la stigmatisation, mais ceci ma paraît en être la cause première.
On m'objectera que les saints des autres traditions ne subissent pas la même chose, mais il y a une chose qui est différente dans le christianisme, et qui est l'apostolat. A savoir que le chemin suivi par l'amour, quand on est chrétien, c'est le "prochain". En revanche, il semble que les autres traditions aient prévu un chemin différent, qui ne se heurte pas à un mur, et que le résultat physique sera donc différent. Dire qu'il y aurait moins d'amour chez les grands pratiquants de l'islam ou du bouddhisme ne paraît pas raisonnable, mais il paraît certain qu'il s'oriente différemment, il est conservé au sein de la lignée initiatique pour l'usage des disciples capables. Ce qui donne le résultat qu'on connaît, qui est la disparition de leur tradition, puisqu'il n'y a plus de disciples capables.
Dans le christianisme, la structure de l'enseignement est différente, il est à l'image de la Trinité. De mon point de vue, la Trinité n'est pas la totalité de Dieu, mais une forme particulière de l'Absolu qui permet la transmission de l'influx spirituel en l'absence de maître vivant. Dans ce cas, c'est le Ciel tout entier (la Trinité, les anges, et la communion des saints) qui rend le disciple capable, mais cet amour n'est donné que pour être dirigé vers le "prochain", ce qui va conformer le disciple à l'image du Christ. Ce mouvement, dont le modèle s'acquiert sur terre, continue de s'exercer depuis le Ciel, en sorte qu'il ne s'arrête que s'il ne reste plus personne sur terre pour le recevoir. Mais il est susceptible de recommencer dès qu'un volontaire apparaît.
















