Transmuter notre part d'ombre
:" j'ai encore pleuré ce matin, car je vois mon gouffre... Dieu m'aimera t'il même si je ne m'aime pas ? je n'ai que ce vide a lui offrir, peut-être obtiendrais-je une réponse en me confiant à Lui. Je me suis déjà dépouillée de tellement de choses, pour qu'il me remplisse... je reconnais ma nullité, pour l'accueillir Lui, et qu'il m'inonde de son amour... alors j'espère que je saurais alors qui je suis".
Je ne vois qu'une voie à partir de là : il nous faut concevoir Dieu, pas d'une manière vague, mais d'une manière précise, avec concentration. En effet, nous ne pensons pas être aimables, parce que nous n'avons pas conçu en notre esprit d'être aimant. Nous ne savons pas ce que ressentirait un être véritablement aimant (comme Jésus) en nous voyant. La plupart des gens veulent se remplir de qualités en s'imaginant que Dieu les aimera s'ils sont comme ceci ou comme cela, mais cela ne fonctionne pas. Ce qui est aimable, ne l'est qu'aux yeux d'un être aimant. Et nous, qui aimons les qualités relatives dont nous essayons de nous remplir, ne sommes pas aimants. En essayant d'être aimables à nos propres yeux, nous sommes sûrs d'échouer car nous n'avons pas d'amour vrai en nous. Quoi que nous fassions, nous ne nous aimerons jamais de cette façon. Il nous faut donc devenir aimants, mais pas de nous-mêmes ! Et pas de n'importe qui non plus, car nous n'en sommes pas capables. C'est ce que tout le monde essaie de faire et ça ne marche pas.
La porte de cette voie est étroite, pourtant je n'en connais pas d'autre. Il nous faut commencer par trouver ce que nous pouvons aimer, non pas d'un amour ordinaire, mais d'un amour qui nous trouble profondément, qui nous fait peur. Ce qui nous trouble, ce sont les parties de nous que nous avons rejetées. C'est ce que l'on voit dans toutes les affaires véritablement passionnelles : deux êtres se sont attirés, qui se fascinaient et se faisaient peur en même temps, l'histoire contée hier par Régis en est un éclatant témoignage. Il faut trouver en soi le personnage qui a ces caractéristiques. On peut penser que c'est Jésus, mais pour ce que j'en ai vu, cela risque plus d'être Ponce-pilate, voire un centurion romain ! Cependant, qui voudrait reconnaître une telle chose ? Nous voulons êtres comme ces jeunes saints, qui ont grandi sans avoir en eux cette part d'ombre qui nous fait nous détester.
Pourtant, si on n'a pas une grâce exceptionnelle qui nous tombe dessus, je ne vois pas comment on pourra jamais développer un amour capable de consumer ces parts d'ombres sans qu'on ait à les reconnaître. Et d'ailleurs, les saints voient parfaitement leurs parts d'ombre, alors même à eux, cela n'est pas épargné. Ce n'est épargné à personne.
Je disais hier à cette personne qu'elle n'aurait probablement rien à dire en confession, comme tout le monde. Cela va de pair avec le fait que nous ignorons notre part d'ombre et que par conséquent, la lumière ne peut nous éclairer, ou l'inverse. Un saint, c'est quelqu'un qui a la chance de pouvoir éclairer sa part d'ombre par une lumière directement émanée d'un être spirituel. C'est très rare. La seule lumière que nous avons à notre disposition, pécheurs que nous sommes, et sans l'aide d'un maître spirituel ou d'une grâce particulière, c'est l'amour secret que nous vouons à notre part d'ombre. Cet amour est une lumière bien suffisante pour l'éclairer, et c'est tout ce dont elle a besoin pour revenir en Dieu : être éclairée. Un bouddhiste pourrait expliquer cela en termes de vents complémentaires et de canal central. L'important c'est que cela fonctionne, en théorie et en pratique.
C'est ainsi que se construit le roman de chacun. Moi je l'ai écrit, parce que c'est plus facile, et plus précis. On découvre bien plus de choses. Je peux raconter la genèse de ma saison 6, qui est assez exemplaire pour qu'on puisse en dire quelque chose d'utile. A l'époque je cherchais une inspiration car j'avais fini ma saison 5 et il me fallait avancer (on est tous plus ou moins doués, j'ai beaucoup écrit pour pas grand-chose). Un soir, je regarde un épisode de Stargate Atlantis qui me plaît bien, il y a dedans un personnage que je trouve charmant, un petit commandant Wraith très joli et absolument infect. Sans plus. Le lendemain, je me surprends à y repenser. Et le surlendemain. Soudain j'ai l'illumination, : je tiens la queue d'une dragon enterré sous terre. J'ai failli passer à côté (comme pour l'elfe) parce que cela se traduisait par de petites touches très discrètes dans mon esprit. Rien qui aurait me faire passer pour un adorateur du Mal. Je le trouvais simplement charmant, sans plus. Je tenais là le début d'une nouvelle saison. J'ai repris le héros de la saison 5, un brave gars un peu mécréant, pas toujours très bien pensant et je l'ai jeté sur les routes. Il a un très joli corps énergétique, légué par son maître parti en corps d'arc en ciel. Je transforme mon commandant Wraith en tyran interplanétaire, un vampire androgyne de 3000 ans, un être véritablement effrayant, je vous assure. Et je les fais se croiser, simplement. Le vampire a des siddhis qui lui permettent de repérer les meilleurs repas de loin, alors il a vite fait de repérer notre héros et de le ramener dans son vaisseau. Et puis, comme il est assez pervers pour aimer sympathiser avec ses repas, et que ce repas-là est de bonne composition, ils parlent. Ils ont tout pour devenir amis, car le repas a lui-même été un tyran redoutable par le passé, il comprend parfaitement l'état d'esprit de son nouvel ami, qui se sent seul, et qui en plus voudrait bien avoir une âme, parce que 3000 ans sans âme, c'est assez désespérant. Le repas, comprenant finalement que l'heure de sa fin a sonné, décide d'en faire une bonne action et offre son âme en plus du reste. Miraculeusement, il ressuscite, tandis que notre vampire a gagné un embryon d'âme, c'est-à-dire une conscience : la vie va devenir très difficile pour lui. Toute la saison 6 consiste en sa conversion, entre autres... Mais ce n'est pas fini pour autant, car comme dit le Père Molinié, on n'a jamais fini de se convertir.
Le résultat, c'est que tous les contenus psychiques liés à cette figure on grandement perdu leur contenu fascinatoire. Au cours de l'écriture des saisons 6 7 8 j'ai noté une perte d'intérêt total pour toutes les histoires de vampires, de tyrans, et de tout ce qu'on veut. Cela peut sembler un maigre résultat, mais au contraire il est assez immense, parce que de ma propre constatation, ce sont des contenus dont les gens ne se débarrassent jamais (chacun a les siens) et qui ne font que renforcer leur emprise dans leur inconscient. Que l'on songe à Pierre Bordage : 30 ans après avoir écrit les Guerriers du Silence, il écrit la Fraternité du Panca, strictement la même histoire, rien n'a bougé. Il a toujours les mêmes obsessions, c'est vraiment effrayant. Chez Tolkien, l'obsession du néant s'est renforcée avec l'âge. En fait, chez tous les écrivains, on peut analyser le phénomène. Ce qui les fascine jeunes continuer de les fasciner vieux.
Ce sont des contenus archétypaux (Jung en a fait la liste) constitués au cours de notre développement, qui nous volent toute notre énergie psychique. "Ramener ses souffles vitaux en un point", comme le dit Régis, cela consiste précisément à aimer toutes ces brebis galeuses, c'est-à-dire à les "confesser" devant Dieu. Car aimer, c'est ramener sous le regard de Dieu. En aimant ces contenus, ils se transforment. Mère parle de la conversion du vital, et ce n'est pas un vain mot. Dans le roman dharmique, on va de résurgence en résurgence, car ce sont en réalité toujours les mêmes choses qui reviennent, mais elles sont de plus en plus lumineuses. Les démons retrouvent leur nature angélique, et même plus.
Après avoir accompli un certain chemin, ces personnages deviennent des êtres véritablement aimants (parce que chargés de toute notre énergie psychique purifiée), et commencent à nous revenir. Ils nous aiment, nous montrent que nous sommes aimables, et nous permettent d'aimer les autres, d'une façon non névrotique. Ils deviennent des lumières intelligibles, mais parce qu'au départ ils étaient de l'ombre, c'est évidemment bien plus efficace que s'ils provenaient de la transformation d'une chose déjà positive. Ce sont eux, qui petit à petit, vont constituer notre Seigneur, notre conception de Dieu.
On peut essayer de procéder autrement, en décoinçant directement les souffles vitaux par le yoga, mais on a vu ce que ça donnait récemment, avec le gars qui a fait 30 ans de yoga : il a magnifié sa lumière, et son ombre est devenue encore plus épaisse, car il n'a jamais voulu la regarder. Alors sa lumière est totalement contaminée, en un sens il est devenu fou, totalement inconscient de lui-même.
On peut aussi espérer recevoir une grâce particulière, et prier pour ça... mais prier qui ? La prière va là où on l'adresse. Si l'on ne sait concevoir un être miséricordieux, où ira notre prière ? Il peut se produire des miracles par l'intercession des saints, et il s'en produit tous les jours, mais en attendant, rien n'empêche de mettre en oeuvre une méthode efficace.
















