Les idylles de Petit Jean (lettres de la planète terre)
Ma chère Leyla,
pour toi qui es amatrice de romances, je vais aujourd'hui raconter un épisode de la vie de Petit Jean, car avec lui il y a au moins une chose de sûre, c'est qu'on ne s'ennuie jamais.
La journée d'hier a vu la conclusion d'une affaire débutée il y a près d'un mois aux Semeurs de Pizza - une association de catholiques de bonne famille qui font profession de donner aux SDF de la Gare Saint Lazare l'espérance dont ils sont eux-mêmes parfaitement démunis (pour ceux de tges amis qui liraient cette lettre et qui manqueraient de culture chrétienne, je rappelle que l'Amour de Dieu se décline en trois étapes : la Foi en est la base, l'Espérance en est le chemin, la Charité en est le fruit).
En effet, le mois dernier, après d'épuisantes recherches sur internet, Petit Jean avait décidé d'intégrer le groupe, il était donc allé participer à une soirée musicale qui s'était finie au restaurant. Il y avait fait une merveilleuse rencontre : "Au repas qui a suivi, j’ai échangé avec Clara, qui tient le clavier et s’occupe de jeunes enfants, passionnée de musique et de livres, célibataire et visiblement de santé fragile. Elle m’a posé quelques questions avisées sur la musique, mais j’ai été un peu en peine de répondre, et il faudra que j’attende vendredi pu mercredi prochain pour avoir une audition plus claire. Donc c’est une sorte d’âme qui a une vocation de s’occuper des autres, avec une vie pas forcément très épanouie au départ et une peu refermée sur elle-même. Et on sent qu’elle a une foi réelle, qu’elle n’est pas exempte de souffrances, mais qu’elle va dans le bon sens. Nous avons donc un terrain karmique et musical commun, et c’est elle qui a voulu que nous soyons ensemble au repas, et c’est encore elle qui m’introduira auprès de soeur Louisa (ou d’une autre) samedi soir après la messe, car elle connait bien la communauté de Saint-Gervais et a bien intégré semble-t-il le sens de ma démarche" (Journal secret de Petit Jean). En privé, il nous a d'ailleurs confié que cette rencontre était peut-être un fait de la Providence, et qu'il avait, qui sait, trouvé là sa future compagne, ce dont j'ai été très heureux pour lui. Mais voilà que les semaines passant, la relation ne tourne pas aussi bien que prévu, et que Petit Jean se trouve désorienté, se demandant s'il n'a pas été victime d'une hallucination le premier soir. Nous nous rappelons tous l'épisode du Géant Russe, un enseignant de Systema de soixante-dix kilos tout mouillé, que la magie du regard de Petit Jean a transformé en géant redoutable il y a quelques mois.
C'est alors que j'ai l'occasion d'entendre la fameuse Clara au téléphone. Au bout de trente secondes, mes cheveux se sont dressés sur ma tête : nous avons affaire à une hystérique de première catégorie, qui ne sait rien faire que s'écouter parler, et qui a une redoutable capacité à capter l'énergie des autres. Petit Jean n'en disconvient pas. Mais le mal est fait, il l'a invitée à venir lui rendre visite le dimanche suivant, en même temps que sa soeur Rosette.
Le jour dit, je me suis soigneusement cloîtré au premier étage, interdit aux visiteurs pour la circonstance. Malgré quoi les deux bougresses ont réussi a infester Lili de parfum. Lorsque Sélénè a retrouvé sa fille, elle empestait à trois mètres, nous avons bien failli lui redonner un bain. Curieux, j'ai dépêché Sélénè dans le salon afin de démasquer la coupable : il s'agissait bien sûr de Clara, qui s'est esclaffée de son rire bête que ça n'avait aucune importance. Certainement.
















