Vide et forme
Ce matin je réfléchissais à une image erronée que donnent parfois les maîtres pour expliquer comment le vide et la forme sont en relation, par exemple ils montrent un bol en disant que s'il n'y avait pas de vide dedans, il ne pourrait pas y avoir de bol, CQFD. En fait c'est une image qui est à l'opposé de la réalité, parce que c'est ainsi que l'on pourrait représenter les pensées non intégrées dans l'état naturel, une forme qui apparaît dans un espace vide. La vraie image, c'est celle du miroir, qui reflète des tas de choses sans être affecté.
Mais du coup, j'ai compris que le fait que la matière nous apparaisse comme des objets solides au sein d'un espace vide est la parfaite conséquence de notre ignorance fondamentale. Du coup j'ai pu concevoir la façon dont les objets apparaissent à un bouddha. Il faut imaginer que l'espace est un miroir 3 D et que ce qui apparaît dedans est fait de la substance même de la vacuité, et que c'est toujours en mouvement. Le bol doit donc apparaître comme surgissant d'une vacuité vivante à chaque instant par le dynamisme propre de l'état naturel, et non comme une espèce d'objet mort posé au milieu de nulle part. D'ailleurs c'est ce m'avait dit P* d'après sa vision d'omniscience, que "les atomes semblent sortir du vide et s'y résorber plusieurs milliards de fois par seconde". En plus C* Rinpoche avait une fois précisé que le jour où on aurait une réalisation correcte de la vacuité, on passerait à travers les objets.
En tous cas ça n'est pas des comparaisons comme celle du bol qui vont aider les gens à sortir de leur ignorance, puisque cette image au contraire représente l'état de l'esprit illusionné, où l'énergie se polarise en "vide" et "forme", à un tel point que la forme devient fixe et que le vide devient vraiment vide, tout ça par un mécanisme de saisie qui s'auto-renforce au fur et à mesure que l'objet apparaît séparé du vide. L'esprit illusionné se compose finalement d'un ensemble de pôles d'attraction qui capturent l'énergie comme des trous noirs, au sein d'un néant sidéral angoissant.
On pourrait d'ailleurs méditer sur le fait que c'est ainsi que nous apparaît l'espace "extérieur", et qu'il en apparaît de plus en plus. Autrefois, un grec qui pensait à l'espace s'imaginait des luminaires bien sympathiques qui venaient l'éclairer, qui étaient habités de divinités ou d'esprits qui veillaient sur lui comme des parents. C'était une vision plutôt sympathique. Aujourd'hui, à l'heure où l'esprit devient de plus en plus adharmique, Hubble nous révèle comme par hasard un espace de milliards et de milliards d'années-lumières qui donne le vertige absolu, et qui fait sentir cette pauvre planète comme complètement insignifiante. La quantité a remplacé la qualité, qui au lieu de se concentrer ici, se fragmente dans un espace sans fin.
















