Le don de l'univers imaginal
Suite au post de Gayatri, une autre personne a raconté une expérience très intéressante : "I came to Amma after a similarly negative experience in a Benedictine monastery. The reasons you list were true in that monastery also (or there was a true equivalent) albeit on a much much tinier scale. The sisters put on their "monk robes" for guests, but in private were angry, greedy, self-centered, abusive children. Once I became aware of all this, they kicked me out - although I begged to stay. I didn't want to leave because, as you said, there was an upside. Monastery life and the daily practices provided an amazing, precious source of life that I'd never found anywhere else - before or since. And I loved them. Too bad they loved money, fear, and control more. I figured I could live with them knowing. I only had to keep my mouth shut. Nah. Like all abusers, they were intuitively aware that I had stopped being the starry-eyed believer and that was it for me. Maybe that was lucky. I don't know. It's been 7 years & I still haven't quite found my way beyond the loss & back into regular life".
Ceci explique cela. Les gens sont paumés de chez paumés, dans la vie, pour eux rien n'a de sens même s'ils l'ignorent. Le maître, grâce à sa réalisation de la vacuité, possède une densité extraordinaire, et cette densité lui permet de faire exister tout un univers. Lorsqu'une personne s'approche, c'est cela qu'elle perçoit, même si elle ne le sait pas. Elle perçoit autour du maître un univers dense (qu'elle croit stable et solide en raison de sa densité), et soudain, cela lui donne une orientation. Elle voguait dans l'espace sans fin, et soudain la voilà arrivée sur une planète verdoyante, avec un sol sous les pieds, des gens, des maisons, des arbres... Rien d'étonnant à ce que certains disent "je suis rentré à la maison". En réalité ils ne sont rentrés nulle part, car ce nouvel univers qu'ils perçoivent n'est en réalité pas celui du maître. Celui du maître, étant fondé sur la vacuité, est impermanent, mouvant, il est une création de sa faculté imaginative à partir des données de sa tradition (en général). Le disciple est incapable de concevoir un tel univers, par contre il perçoit intuitivement la solidité du maître et par un processus d'identification (comme il a appris à faire avec ses parents étant petit) s'en sert pour solidifier son propre imaginaire auquel il n'avait jamais réussi à croire jusqu'à présent. Du nihilisme, il tombe dans l'éternalisme (et donc le fanatisme). il est convaincu d'être sauvé, d'avoir trouvé la vérité. Il sort enfin de son errance, ou croit en sortir. Et il sait d'instinct que s'il quitte le maître, tout va se déliter. C'est une puissante motivation pour perdre son esprit critique et éviter de réfléchir. Comme le dit cette personne dans son message, elle était prête à fermer les yeux sur tout. Elle dit que ça vient des pratiques, certes c'est une des raisons. Mais il y a aussi tout l'univers, Jésus, les saints, les livres saints, tout ça acquiert une substance dans un monastère, même s'il n'y a pas de maître d'ailleurs, puisque tout le monde fait profession d'y croire. Si tout le monde fait profession d'y croire, c'est que ça doit être réel. D'ailleurs c'est ainsi que se créent les réalités, puisque tout est créé par l'esprit. En sortir, c'est perdre cela. Nul doute qu'un individu ordinaire n'aura pas la puissance imaginative pour recréer cela par lui-même, et que de nouveau il va se retrouver paumé. En fait c'est ce qui se passe dès qu'une personne est laissée à elle-même.
Il en découle que si l'on veut être "libre" des maîtres et des lignées, il faut avoir la capacité de fonder un univers, ce qui n'est pas très différent de fonder une lignée, car si on peut créer une terre pure, alors des êtres vont y venir, et si on se trouve un successeur qui a la capacité de maintenir et d'agrandir cette création, on appelle ça une lignée.
On comprend que le cadeau consistant à offrir un univers imaginal n'a pas de prix. De ce fait, les maîtres demandent un prix très élevé et dictent leurs conditions à tous ceux qui veulent venir habiter chez eux. Finalement c'est normal. Vous êtes commandant d'un vaisseau spatial, vous voyez un type voguer dans l'espace en scaphandre, le fait de l'héberger n'a pas de prix, même si dans un premier temps, le type va garder son scaphandre tout en croyant de bonne foi l'avoir quitté.
Ce qui lui fera quitter son scaphandre, c'est ce que les soufis appellent le ta'wil, la science de l'interprétation, celle qui permet d'acquérir des cognitions valides, de remonter du symbole au sens réel. Cette science ne peut être que personnelle, il ne peut s'agir d'un dogme, c'est-à-dire que chacun doit réaliser la vacuité (l'essence divine) par lui-même et se créer son propre imaginal, basé sur l'exemple du "maître" et des saints.
















