Souhaiter le bien d'autrui
Aussi extraordinaire que cela puisse paraître, la compassion finit par faire que l'on souhaite aux gens de souffrir plutôt que d'être "heureux". Ici, je parle de bonheur relatif. En fait, tout montre que le bonheur relatif, dans beaucoup de cas, ne fait qu'amplifier les défauts. C'est le sens réel de l'enseignement bouddhiste selon lequel les "dieux" se réincarnent dans une monde inférieur. Une personne qui voit ses souhaits mondains se réaliser développe généralement l'arrogance et de nombreux autres défauts. Je n'invente rien: "If bad circumstances, which arise on the path, are relatively easy to deal with, good circumstances present much greater difficulties. There is a danger that supported by the belief that you have attained a high level of realization, you devote yourself to ways of achieving greatness in this life, and become the servant of the distracting Devaputra devil; you must be very careful. You must know that this is the crossroads where you can go up or down, the point where great meditators are put to the test" (Dudjom Rinpoche). Si les grands méditants sont testés de cette manière, on n'imagine même pas ce qu'il en est des petits.
Bref. Lorsque l'on a affaire à une personne qui présente de nombreux défauts qui l'empêchent de progresser dans le dharma, lui "vouloir du bien" ne consiste pas à espérer qu'elle aura dans sa vie le succès qu'elle se souhaite, mais au contraire à lui souhaiter de tout rater et de sombrer dans une telle misère qu'elle aura enfin la force de changer. Je pense d'ailleurs que Chepa Rinpoche n'a rien dit d'autre le jour où il a dit à la sangha :"Vous n'avez pas assez souffert". Vient un jour où l'observation du karma et de la façon dont les gens progressent spirituellement montre que c'est clairement en mangeant du canard enragé que la plupart progressent (bien que très peu progressent et que beaucoup mangent du canard enragé sans montrer le moindre progrès. Mais à l'inverse, je crois que je n'ai jamais vu personne progresser en étant "content", car ainsi que le dit Mère, le bonheur vital est un des plus grands obstacles au progrès). Ensuite, les modalités sont au choix de chacun. Soit on mange du canard enragé en restant assis sur sa chaise tranquillement chez soi (= on n'a pas besoin d'avoir des accidents de moto et de tout perdre pour s'apercevoir que c'est la misère totale), soit on est du genre insouciant et il faut que le ciel nous tombe sur la tête pour nous réveiller.
Bref, aujourd'hui je me disais que les gens sont perdus dans leur misère à un point inouï, et que se connecter à eux, c'est en même temps leur souhaiter les pires malheurs, car il est impossible de vouloir qu'ils restent dans cet état quand on voit leur souffrance. "Tout votre être est l'expression d'une souffrance atroce" (Amma). Vient un moment où on commence à le voir vraiment, et au même moment on voit aussi que pour la plupart des gens, la guérison passe par le fait que toute cette souffrance devienne consciente, que ça soit par une maladie, un accident, une dépression, bref quelque chose d'absolument affreux qui va faire que la personne va se tordre en tous sens et ne plus avoir d'autre choix que de changer. Par chance il existe aussi des gens qui peuvent changer par le simple fait qu'on soit bon avec eux (les elfes), mais ça semble une minorité.
La vision new-age de la compassion où on souhaite aux gens de vivre dans la lumière et d'être contents, c'est véritablement de la compassion idiote. Si l'on connaît vraiment l'effet de la lumière, qui sont aussi les 4 activités d'un bouddha, on sait que la destruction en fait partie aussi bien que l'enrichissement, surtout quand on l'a constaté sur soi. S'imaginer que les gens vont baigner dans la lumière, qu'ils vont être heureux, et penser que c'est de la compassion, c'est manifester qu'on n'a aucune cognition valide sur la voie spirituelle et sur les mécanismes de l'ego.
Note du 02/11/2017 :
Aujourd'hui je n'écrirais plus cela. Cela fait longtemps que j'ai réalisé que quelle que soit sa situation, l'être humain n'en tire aucun profit. Il ne reste plus qu'à leur souhaiter de se réincarner avec plus d'intelligence, même si on ne voit pas comment ça arriverait.
















