Aum Amma
Jo m’a envoyé une compte-rendu de sa visite chez Aum Amma. Pour le bon côté, c’est sympa de partager l’événement, pour le mauvais côté, ça manque de facteurs précisants, en sorte qu’on n’y apprend rien. C’est un rapport certes personnel où ‘l’on peut louer la tentative de communiquer quelque chose, mais je ne pense pas qu’on puisse facilement communiquer ces sortes de choses en essayant des les aborder directement. A l’inverse, ce qui est de l’ordre du communicable, et de ce qui peut servir aux autres, n’est jamais exprimé, parce qu’à mon avis la méthode d’écriture n’est pas correcte.
La méthode de Jo, je pense, procède par faisceaux d’observations. Il y avait ceci et puis cela, et puis encore cela. A la fin on a une sorte de tableau naturaliste avec une banane, une cerf-volant, une chaise… assorti de quelques impressions forcément incommunicables. Ca fait d’ailleurs penser à H* qui écrit un peu des rapports de police quand il raconte quelque chose.
Ce qui fait que certains trouvent mes blogs intéressants, c’est que je sélectionne un élément, ou deux, que j’examine au microscope, des éléments permettant de conduire à des objets dharmiques -pour faire simple les objets dharmiques sont infinis alors que les objets samsariques sont finis. Et c’est toujours dans les détails qu’on trouve le fil conduisant à un objet infini, alors que les rapports de police ne montrent que des objets samsariques, car rien n’est approfondi, tout est mis à plat, tout est égal. Mère procédait de la même façon. Il y a beaucoup de ses réflexions qui proviennent de petits détails, par exemple un aphorisme de Sri Aurobindo qu’elle comprend différemment, ou la réaction d’une personne à quelque chose. Les facteurs précisants ne sont pas des détails qui proviennent d’un balayage systématique d’une tranche de citron au microscope électronique, mais d’éléments inattendus que l’intuition nous commande de suivre. Le problème, c’est que nous sommes éduqués à ignorer l’intuition. D’ailleurs, il arrive assez souvent que ce à quoi on arrive n’ait rien à voir avec l’objet de départ.
Les objets dharmiques étant cachés, ils établissent des rapports forcément inattendus avec la réalité conventionnelle. Quoi qu’il en soit Léo m’a demandé « mais qu’est-ce que Jo aurait pu dire d’autre, selon toi ? ». Ce qui m’est immédiatement venu, c’est qu’Aum Amma ne semble pas avoir d’ego physique. Par exemple, Jo aurait pu se demander pourquoi Aum Amma a une meilleure relation avec sa copine que lui-même, ce qui lui aurait peut-être permis de découvrir des facteurs précisants concernant l’ego physique. Alors bien sûr, Aum Amma « est le gourou ». Mais si Jo s’asseyait sur un coussin entouré de trois swamis clamant à tous qu’il est un grand maître, parviendrait-il à faire la même chose avec les étrangers ? En aurait-il seulement envie ? Et par exemple qu’est-ce qu’on fait quand quelqu’un met son genou contre le nôtre dans le métro, ou bien nous touche la main en essayant de s’accrocher sur la barre ? Voilà un sujet qui me semble tout à fait digne de réflexion, à savoir qu’on a généralement un réflexe de dégoût ou de fuite, ça c’est l’ego physique. On le voit aussi chez les animaux. Nous, on se dit que se faire caresser ça doit être sympa, mais eux sont rarement de cet avis. Ce qui me fait penser qu’on a d’ailleurs une certaine tendance à ignorer l’avis des animaux, sauf quand c’est des loups et qu’on habite avec, bien sûr.
Pour en revenir à l’art du détail, prenons l’exemple de Satprem. Imaginez que vous ayez une dissertation à faire sur le sujet : « Qui est Satprem ? ». Le rapport de police va dire : c’est un proche disciple de Mère arrivé à l’ashram en telle année, il sortait des camps, il a eu d’abord une problématique avec la fuite dans le vital, puis il s’est vraiment mis au service de Mère, il a enregistré l’Agenda, ensuite il a rompu avec l’ashram et il prétend avoir poursuivi le travail de Mère mais il semble qu’il ait un peu dévié etc… Le gars qui a lu les mêmes textes que vous et qui lit votre rapport, ça ne lui apprend strictement rien (d’utile). Celui qui n’a rien lu non plus, d’ailleurs. Alors je peux poser la question ici : comment pourriez-vous apprendre quelque chose aux gens si vous aviez une dissertation à faire sur Satprem ? Que le gars qui sort de sa lecture se dise « Voilà qui va me donner à réfléchir » plutôt que « Encore une énième histoire de disciple qui a plus ou moins bien tourné, il y en a des centaines ».
















