Le chef est celui qui courbe l'espace
Dado a écrit :
Bien au contraire, si tu regardes tous les chefs dans tous les domaines, ils sont parfaitement autosatisfaits. Et tout le monde est très content d'avoir au sommet de la hiérarchie des personnes qui ont très bonne opinion d'eux-mêmes, qui ne font jamais d'erreur car ce sont les autres qui les font, qui se passent de la pommade dans chaque discours, dont les prévisions sont mirifiques sauf en cas de conjoncture imprévue, dont les décisions sont toujours judicieuses jusqu'à ce qu'ils se retrouvent au pied du mur, etc. Ce n'est pas vrai uniquement dans notre société mais même chez les Indiens Patagons. Ce que tu remarques indirectement, c'est que si tu affiches la même bonne opinion de toi (alors que tu n'es pas chef), c'est que pour tout le monde ça signifie que tu veux devenir chef. Alors automatiquement, le grand chef à plumes va te remarquer et se demander si finalement, tu ne pourrais pas devenir un bon sous-chef, les petits-chefs vont commencer à se faire du souci pour leur position, et les pas-chefs-du-tout vont te jalouser parce que pourquoi c'est toi et pas eux qui deviendraient chefs. Voilà pourquoi on va commencer à te casser et à te signaler que tu es un "odieux prétentieux" car justement, au pied de la lettre, tu "prétends" à une position hiérarchique plus élevée dans le groupe - et il peut s'agir seulement d'un groupe de connaissances, dans lequel un tel ou une telle joue un rôle de leader d'opinion. Quant à un "ego harmonieusement développé", je n'y crois que très médiocrement. Il y a eu des recherches à ce sujet et si les personnes avec un fort ego se retrouvent généralement en haut des hiérarchies et celles avec un faible en bas, ce qui fait que les premières sont satisfaites et les secondes frustrées, on remarque en contrepartie que celles avec un faible ego sont capables de se remettre en question et d'apprendre de leurs erreurs, alors que celles avec un fort sont soumises à un aveuglement complet, ne se remettent jamais en question et se prennent de plus gros gadins - mais dont ils se relèvent souvent très bien car c'est jamais leur faute. Il y a donc le pour et le contre dans les deux cas et je ne vois pas où est l'harmonie dans tout ça.
Ce qui laisse supposer que les "qualités" nécessaires pour être chef, c'est d'avoir un ego surdimensionné, et d'être autosatisfait. On voit bien que Dado n'est pas un chef... car pour une fois, il a mal observé, l'esprit sans doute obscurci par un chef qui l'a traumatisé un jour. En effet, nous connaissons tous des autosatisfaits à l'ego gigantesque qui ne sont chefs que de leur chien. En revanche, la plupart des tulkous sont de grands chefs, ou encore Amma, et il est clair que ces gens n'ont pas d'ego. En fait, le chef est avant tout quelqu'un qui est capable de faire bouger les gens autour de lui. Non parce qu'il va gueuler dans leurs oreilles "bouge ton cul !" (ce qui est le rôle du sergent, pas du Général), mais parce qu'il est capable de se bouger par lui-même, mû par une forme d'inspiration divine. 95% des gens sont comme des ampoules qui s'allument quand on met du courant dedans et s'éteignent quand on arrête. Les autres 5% sont ceux qui ont le courant. (Si je donne ces chiffres c'est parce qu'il y a eu une enquête, qui a montré qu'il y avait une personne sur 20 qui était un chef. J'ignore les critères qui ont été retenus, mais à mon avis, ça ne peut qu'être la capacité de faire bouger les choses autour de soi).
Le vrai chef n'a pas à donner d'ordres. Les choses s'organisent spontanément autour de lui, par la qualité de son énergie. Bien sûr il donnera quelques ordres, mais qu'est-ce qui fait qu'il est écouté ? Une nana qui voyait les auras et les énergies avait vu Shenphen Dawa, et l'avait décrit comme un pôle. Il avait l'aspect d'un gigantesque aimant vers quoi toute la réalité s'inclinait. En quelque sorte, il courbait l'espace autour de lui. Si elle avait vu Napoléon, elle aurait certainement vu la même chose. Qu'est-ce qui a fait que, lors de l'insurrection de Paris, il a pu se ramener auprès des chefs de l'armée en disant "salut les gars, je suis nouveau ici, et j'ai une idée, on va faire ceci et cela", sans que les autres lui répondent :"va chier" ? Des tas de gens ont de bonnes idées qui se font envoyer chier (comme Ricercar par exemple). Je suis sûr que, contrairement à lui, Napoléon aurait pu réformer la RATP. Après tout, il est arrivé dans un pays exsangue, envahi, moribond, et il en a fait un Empire.
Motard des Grottes me parlait d'un PDG de sa connaissance. Le mec ne branlait rien de la journée. Il arrivait le matin, ne prenait aucune décision, ne faisait strictement rien, se promenant juste ici et là, et la boîte tournait, comme par magie. Mais sa présence était nécessaire, quand il n'était pas là ça n'allait plus. Avec les chefs spirituels c'est la même chose poussée à l'extrême. Le soir ils se couchent et quand ils se réveillent le matin, un ashram a poussé autour d'eux avec des milliers de disciples. Le gars qui est obliger de gueuler sur les gens pour les faire bouger, c'est un petit-sous-chef. Un sergent, comme je le disais plus haut. Napoléon et Alexandre ne gueulaient pas sur les gens, sauf à la fin où ça commençait à merder.
Moi-même (oui, enfin, quoi, faut bien que je parle de moi), depuis tout petit j'ai des disciples que je n'ai pas réclamés. Des gens qui me voient faire quelque chose et qui se disent "tiens, je vais faire la même chose". Allez savoir pourquoi. Il y a des gens qui font des trucs, personne ne les imite. Moi si, surtout depuis que c'est des pratiques. Mais j'ai aussi fait des revues, qui n'ont pas marché faute de directeur commercial et sans doute de finances, mais trouver des gens pour écrire, organiser tout ça, c'était très facile. On peut donner aux gens l'énergie de faire quelque chose. Toute ma vie j'ai fait ça. Je prends une larve, je l'amène à la muscu, j'en fais un athlète (non, Lévrier, ne te sens pas visé, j'en ai entraîné d'autres). Je sais que c'est mon énergie qui va faire bouger le gars, tant qu'on est en phase en tous cas. Je peux vous dire que des larves, des fainéants, j'en ai entraîné. La métamorphose était spectaculaire, pour un temps du moins.
Pour la pratique c'est pareil. On peut réellement donner à quelqu'un l'énergie pour pratiquer. Mais malheureusement quand on s'en va, la personne s'éteint. Bizarrement, j'ai l'impression qu'on ne peut pas donner la source d'énergie, seulement l'énergie. Je ne sais pas pourquoi. Revenons à la vie quotidienne. Pour moi, créer une entreprise est quelque chose de simple, de facile. On a une idée, on la met en application, et voilà. Il n'y a aucune question à se poser. Alors que pour la plupart des gens, il faut déjà trouver une idée. Et puis ensuite les moyens... Quand je vois les formulaires d'aide aux futurs chefs d'entreprise pondus par l'administration, je me dis que les mecs qui ont fait ça n'ont jamais créé une entreprise. C'est plein de cases à remplir, et les études de marché, et les projection de rentabilité et patati et patata... C'est le rôle du comptable, ça, pas du PDG. Le PDG, lui, il est inspiré. Il a une idée, et c'est la bonne. Si on a besoin de faire des études et des projections, c'est déjà que c'est mal parti. On le voit dans "le diable s'habille en Prada". La nana, elle est inspirée, point. Elle ne se demande pas à qui ça va plaire et si ça va marcher ou quoi.
Quelque part, le chef est porteur d'une énergie qui le dépasse, quelque chose qui n'est pas individuel, mais qui anime les choses et les individus. Comme s'il y avait des vortex de descente d'énergie, et que certains mecs se retrouvent dessous et distribuent. Mais comme ils ne sont pas propriétaires de cette source, juste dépositaires, cela expliquerait qu'ils ne puissent pas la donner.
PS : et pour faire le lien avec les posts précédents, si tous les créatifs ne sont pas des chefs loin de là, je pense que tous les vrais chefs sont des créatifs. Quand je vois Bernard Tapie avec sa gueule de con, on en pense ce qu'on veut, en attendant il n'est jamais à court d'idées. Quand on a 170 millions d'euros de dettes, vaut mieux pas, d'ailleurs. Actuellement, ceux qui illustrent parfaitement ce que je veux dire, ce sont les grands réalisateurs. Ils dirigent des équipes gigantesques et sont d'une créativité infinie. Sans être forcément autoritaires.
















