Je me suis aperçu l'autre jour que, si beaucoup de gens ont un voile sur leurs propres mérites, tels des poulets se prenant pour des aigles, moi j'avais un voile sur les mérites des autres. Autant je trouvais normal que les maîtres n'en aient rien à faire du mauvais sujet que j'atais, autant je trouvais injuste qu'ils traîtent les autres de la même façon. Pas les bons à rien qui ont de la bouillie à la place du cerveau et qui ont tout envahie aujourd'hui, mais ceux dont je voyais qu'ils avaient des qualités. Je ne parle pas forcément de mes amis mais par exemple de personnes gentilles ou généreuses. Mais au final c'est comme pour les thèmes astrologiques. On a tous le même bazar (les planètes, le solaile, la lune...), c'est juste disposé de façon plus ou moins visible.
Prenons un exemple simple : quelqu'un qui donne un bonbon ou fait un compliment à un enfant sera perçu comme "gentil". Le fait que les bonbons puissent coûter des milliers d'euros de dentiste et favoriser le diabète, ou que les compliments, surtout non mérités, puissent pourrir le caractère, n'entre pas en ligne de compte. Pourtant ce sont des faits avérés. Il est en réalité évident que quelqu'un qui passe pour gentil est simplement quelqu'un qui a besoin de le paraître. Parce qu'en un sens, c'est effectivement pratique. Ici, je ne vais pas prétendre que quelqu'un qui fait le contraire sera forcément meilleur. Parce que pour faire le contraire, il faut avoir un certain esprit qui supporte assez bien de voir les autres superficiellement malheureux même si c'est pour leur bien. On va donc plutôt dire qu'il y a là deux structures de caractère opposées, chacune avec ses qualités et défauts. L'idéal serait d'appliquer la gentillesse ou la non-gentillesse strictement en fonction des circonstances, et là, il n'y a pas grand monde qui en soit capable.

Toujours est-il que j'ai cessé de trouver le monde injuste par ce qu'en réalité, chacun a exactement ce qu'il mérite. Je ne parle pas des évènements qui sont choses très superficielles. Ce qui fait notre vie ce n'est pas de gagner 50 millions d'euros au loto ou d'aller en prison sans passer par la case départ, c'est ce qu'on en fait. Ni l'un ni l'autre ne sont des facteurs de bonheur ou de malheur. Même ce qui est relativement l'évènement le plus précieux, le fait d'avoir ou de croire avoir un maître spirituel.
J'ai connu pas mal de gens qui croyaient en avoir un, et j'ai lu des biographies de gens qui en avaient réellement un (je parle de gens comme nous à la base, pas des maîtres de la Grande Perfection) comme Irina Tweedie, John Mann, Satprem ou des disciples de saints orthodoxes. On voit qu'il y a un terrible inconvénient à cette situation : on ne réfléchit à rien. On ne se dit même à aucun endroit qu'on pourrait mal intérpréter des paroles du maître qui ne seraient pas aussi évidentes que la 1ère compréhension qu'on en a. Je n'ai encore pas rencontré un disciple ayant réalisé que les objets du dharma sont des objets cachés par essence, qu'il ne comprend rien du tout, et que le fait d'avoir un maître n'est pas équivalent au fait d'avoir un intellect illuminé.
Aujourd'hui je crois qu'il est finalement préférable de ne pas recevoir d'aide tout en étant bien entendu conscient de sa situation dramatique. Si je me compare à John Mann ou à Satprem, je suis forcé de reconnaître que je suis né aussi bête qu'eux si ce n'est davantage, et que si j'avais reçu la même sorte d'aide, j'en aurais juste profité pour faire mon malin et mourir idiot. Un esprit pourri de voiles est un esprit pourri de voiles, dans quelque ordre qu'on les mette. C'est comme un jardin plein de graines de ronces. Mettez du soleil et de l'eau dessus, ça ne sera jamais un petit paradis.

A mon propre niveau, j'ai pu constater que toutes les personnes avec qui j'ai partagé mes découvertes, développaient une prétention égale, c'est-à-dire proportionnelle à la quantité révélée, aussi naturellement que la ronce pousse. D'ailleurs, on pourrait penser que le découvreur lui-même développe le même type d'orgueil, mais ça n'est en réalité pas la même plante même si elles se ressemblent au départ. La différence entre l'orgueil et la fierté Vajra, ainsi que la nomment les tibétains, est que le propriétaire de la 1ère plante se satisfait facilement de ce qu'il a en y voyant l'explication complète de la totalité de l'univers, ce qui lui permet d'ouvrir sa petite officine pour en monnayer les fruits. Le propriétaire de la 2nde plante, lui sait qu'il ne sait rien et il préfère continuer à chercher plutôt que de se reposer sur ses lauriers parce qu'il sait qu'il n'aura jamais assez de temps pour découvrir les merveilles de l'univers. On voit bien qu'à la base la graine n'est pas la même. D'un côté on a un don gratuit qui tombe sur quelqu'un qui ne le cherche pas et n'en connaît pas la valeur. D'un autre côté on a un esprit de recherche qui constitue la base fondamentale d'un caractère. Comment le fruit pourrait-il être le même ? Le chercheur développe effectivement un certain orgueil en cours de route, c'est inévitable mais il en sera sauvé s'il n'arrête jamais de chercher.

Personnellement je n'aspire plus à trouver de maître. La raison en est fort simple. Ceux qui veulent un maître ne réalisent pas que 1) le maître ne correspondra pas à leurs attentes, 2) ce qui correspondrait à leurs attentes, ils pourraient l'obtenir par la puissance créatrice de leur propre esprit.
On ne peut pas désirer ce qu'on ne peut pas concevoir. Ce qu'on peut concevoir on peut l'obtenir sans l'aide de personne. Il n'y a que le fou qui l'ignore.
Prenons un exemple vécu. Je lis la vie du starets Isidore et je désire être son disciple. Qu'à cela ne tienne c'est chose faite. Non pas avec le vrai starets Isidore, qui ne correspondrait pas à mes attentes, mais avec celui précisément dont je désire être le disciple. Celui-là il est juste là, en face de moi. Non, pas en face de moi, plutôt à l'intérieur. Tout ce que je veux de lui, je l'obtiens. Ce que je ne veux pas je ne l'obtiens pas et pourquoi s'en soucier ? C'est cela le vrai pouvoir de l'esprit, et plus on s'entraîne plus il augmente. Ce n'est pas mental, c'est physique, cela modifie la configuration des vents gouttes et canaux.
A un moment, l'effet devient tellement fort qu'on n'est plus disposé à faire le moindre voyage, dans la mesure où on obtient tout à domicile en claquant des doigts. Ca tombe bien, je ne peux plus voyager.
Je le conseille aussi pour ceux qui se sentent en manque d'affection, ou ceux qui voudraient avoir la plus belle femme du monde. Moi, je possède le plus beau couple du monde, du moins celui que je considère comme tel, à mon entière disposition. Oui, parce que mieux vaut un couple qu'une personne seule. En fait un vrai mandala doit comporter un couple, sa suite et sa terre pure. J'y travaile...