En début d'année j'ai fait une expérience intéressante : j'ai eu un père spirituel pendant 3 semaines. Pour de vrai. Ce qui m'a permis de vérifier tout ce que je croyais savoir à ce sujet (et que j'avais appris avec le roman), et qui s'est révélé assez juste, plus d'autres choses auxquelles je ne m'attendais pas. Mais c'est toujours mieux de le vérifier en vrai. J'ai également pu confirmer que ce qui se passe, c'est à peu près l'inverse de ce qui se passe chez tous les gens que j'ai croisé ayant prétendu avoir un maître. Là encore c'est parfaitement logique, une personne sans cognitions valides ne peut tout simplement pas entretenir une telle relation, ce n'est pas dans ses moyens "physiologiques". Ce qui explique que les maîtres ne peuvent quasiment rien transmettre. Il faut déjà s'assurer que la personne a un récipient (kli, en kabbale), ce qui n'est jamais le cas, puisque personne ne nous apprend à former des récipients.

Pour donner quelques précisions sans trop en donner, disons qu'il s'agissait d'une personne ayant effectivement titre de Père Spirituel dans l'Eglise Orthodoxe, un hiéromoine déjà d'un certain âge ayant vécu pas mal d'années en Terre Sainte. Il m'a contacté suite à un certain courrier que j'avais écrit à une personne de son entourage, en me disant que ça n'était pas dans ses habitudes, mais qu'il devait préciser certaines choses. A ce moment, j'ai ressenti un amour vraiment très fort pour lui, alors je lui ai répondu, et à sa réponse suivante, c'est devenu assez indescriptible. La seule personne envers qui j'avais ressenti une chose semblable, c'était un autre Père spirituel, quelques années plus tôt. Absolument rien de comparable avec ce que j'avais pu ressentir envers Amma et autres, 10 ans plus tôt. Avec Amma, ça n'était pas de l'amour, c'était l'attachement du fantôme affamé, ce qu'elle sait sciemment provoquer en distribuant ses bons vents au darshan. Tout le monde en est victime, les gens pleurent après le devi bhava et ensuite se morfondent de son absence.
Là, cela n'avait rien à voir. Le gars était là, avec moi, dans mon corps énergétique, même si je ne l'avais jamais vu. Comme les saints dont je lis les biographies ou autres. Je lui ai dit tout ce que je ressentais à son endroit, il ne m'a pas pris pour un fou, ou du moins ne l'a pas montré, et m'a même encouragé à lui écrire. Je lui ai confessé des trucs que je n'aurais confessé à personne, et là, j'ai découvert que la confession, ça marche à l'inverse de ce qu'on nous fait croire. La confession ne soulage pas, c'est juste le début des ennuis. Il ne s'agit absolument pas de déposer ses péchés devant Dieu et de s'en laver ainsi les mains. Il s'agit plutôt de les déposer dans l'esprit d'une personne pure qu'on prend pour l'émanation de Jésus en personne, et alors là on se sent très très très mal, et ça peut durer très longtemps à mon avis. On voit tout à coup que c'est nous qui avons mis Jésus sur la Croix et continuons de l'y mettre, le malheureux. Et on n'a certainement plus envie de continuer. A part ça, aucun Dieu extérieur ne va nous laver de rien du tout, ça c'est des contes de grand-mère. Mais pour ça il faudrait déjà concevoir la pureté absolue du prêtre qu'on a en face, ce qui ne peut arriver que d'une manière surnaturelle. Et là, on ne va pas se cacher de honte, ce qui est l'attitude des démons, comme l'a si bien fait remarquer Swedenborg. Le démon a honte et va se cacher dans les ténèbres pour ne plus qu'on le voie. Le pratiquant supporte sa honte et reste là dans la lumière, et je dois dire que c'est physiquement très pénible, pas la peine de pratiquer tummo ça se fait tout seul.
Enfin, rien de nouveau sous le soleil, tous les mystiques le disent, le feu du purgatoire n'est autre que le feu de l'amour de Dieu qui montre son péché au pécheur. Le truc c'est de se maintenir là alors que tout nous dit de nous enfuir, ou de minimiser la chose pour ne plus en souffrir. Il faut au contraire la maximiser, ce qui explique qu'à terme tous les saints soient quand même un peu fous. Bref, j'ai fait le méchoui pendant 3 semaines, ça a atteint son apogée quand le bon Père m'a dit de lui foutre la paix pour la semaine, là je m'en suis vraiment voulu de l'avoir troublé, j'ai prié pour lui, son bien-être était ma seule préoccupation, l'amour total et la honte totale... le truc fabuleux, j'étais prêt à continuer comme ça toute ma vie.
C'est alors que la "présence" l'a quitté, et pof, terminé. J'ai été triste, en même temps il était assez clair que j'avais tout fabriqué dans mon propre esprit (aidé un peu quand même), et que finalement, tout ça était disponible là, en moi. Quelques semaines plus tard, j'ai vu le gars en vrai, je me suis excusé de ma folie en lui disant qu'il s'était quand même passé un truc bizarre, il a accepté mon explication, a procédé à ma chrismation, et 15 jours plus tard j'ai réalisé que le christianisme c'était fini. Cette méthode ça demande beaucoup d'énergie, que je n'ai plus. Toutes ces émotions ont complètement disparu, ça ne m'intéresse plus du tout. Une fois qu'on a le récipient et qu'on peut fabriquer tout ce qu'on veut, ce n'est pas la peine d'insister, sauf si une entité nous tombe dessus et nous y force, ce qui n'est pas mon cas.

Qu'est-ce que le récipient ? C'est ce qui fait que le Maître est toujours là avec nous. Si on chougne parce qu'Amma retourne en Inde on est mal barré, ça veut dire qu'on est complètement vide. De la même façon, si on réagit mal parce qu'elle nous regarde de travers on est mal barré de la même façon. Muktananda l'a décrit dans tous les sens. Quand on a vraiment un maître, il est dans notre corps, on a même parfois l'impression d'être lui physiquement, même s'il est à 300 kilomètres. Sinon, c'est qu'on n'a pas de maître, malgré tout ce qu'on prétend. Et il ne s'agit pas non plus de faire son malin en se disant qu'on a pour maître le plus grand avatar du monde ou le plus grand Rinpoche. On sait qu'en réalité on n'en sait rien. On sait juste que cette personne est omnisciente pour nous, d'une certaine façon, ça ne nous donne aucun pouvoir, aucune science objective, aucune justification de rien. Pour moi c'était même pire, puisque le réceptacle humain de la "présence" n'avait aucune conscience de ce qui était en train de se passer, il ne comprenait rien de ce que je lui expliquais. C'est le cas le plus difficile à mon sens parce qu'on ne rencontre aucune compréhension au sens humain, seulement une action parfaite dont la source est absolument indiscernable. Bref, après ça je me suis retrouvé comme le gars qui a rencontré une fois dans sa vie l'amour absolu. Il ne court plus après, il sait ce que c'est, il en a retiré ce qu'il devait = il sait qu'en réalité ça vient de lui, il n'y a aucune trace ailleurs qu'en lui-même, tout le reste est effacé, personne n'a entendu sa confession sinon Dieu lui-même. 

Bref, maintenant je suis bouddhiste pour de bon, c'est une voie différente, qui ne consiste pas à se repentir et donc à travailler avec "soi-même" et son passé, mais à s'universaliser, c'est-à-dire à comprendre que tout peut devenir notre vie. Dans un cas, on transmute son maigre butin, dans l'autre cas, on va chercher exactement ce qui nous plaît où ça nous plaît (ce qui demande malgré tout d'avoir transmuté assez de son maigre butin), et on laisse tomber le reste. Mais pour ça, il faut avoir des récipients, car il n'y a plus aucun support physique, ni rien ou personne à quoi ou qui se référer. Pour obtenir ce qu'on veut, il faut savoir ce qu'on veut de manière précise. C'est tout le problème. Savoir, c'est obtenir.