Il me semble qu'il est très difficile d'établir des échelles inter-individuelles. Par exemple, quand une personne dit "Je ne m'intéresse plus aux expériences" (par exemple), qu'est-ce que ça veut dire ? Que sur une échelle de 1 à 10, elle est passée de 10 à 1 au cours de sa vie. Il n'empêche que son 1 peut constituer le 10 d'un autre. Que son absence d'intérêt, translaté dans la tête d'un autre, serait perçu comme un grand intérêt.
Je note que pour quelqu'un qui ne s'intéresse pas aux expériences, tu en as dressé une liste considérable et que tu en as une extraordinaire mémoire. En soi, c'est tout à fait étonnant. Pour ma part, je ne me souviens plus de rien au bout de 15 jours, même quand ça me paraît absolument fondamental sur le moment. Idem pour les "réalisations". Je n'ai plus la moindre idée de quoi ni quand, je trouve qu'il est trop fatigant d'y penser, de toutes façons la personne que j'étais hier a disparu aujourd'hui. Comme qui dirait, "laissez les morts enterrer les morts".
Tout ce que tu dis appartient toujours au même système. Ce que tu n'as pas vu il me semble, c'est que ce système est complètement non valide au regard d'autres systèmes. Un saint chrétien ne reconnaîtrait rien dans tout ça, ni un saint soufi. Ajoutons qu'ils ne se reconnaîtraient pas entre eux. Tu prétends être au-delà de tout système, mais c'est faux. C'est évidemment une opinion qui n'engage que moi. 
Tu remarqueras qu'il n'y a rien de plus commun chez l'être humain, que cette prétention à se trouver au-delà de tout système, ou à posséder le meilleur système, celui qui englobe tous les autres. C'est universel, et rares sont les saints qui en sont sortis. Mais même cette conscience pure et toutes ces étapes dont tu parles, c'est une création de l'esprit. L'esprit crée tout ce qu'il veut et ensuite il le hiérarchise comme il veut, mais toujours de façon à ce que chacun soit persuadé d'être plus avancé que le voisin. Il y en a qui mettent l'impersonnel au-dessus de tout, pour les autres c'est l'aspect personnel, pour certains c'est la Trinité, pour les autres c'est le Dieu unique, et puis pour les autres c'est la Déité (maître Eckhart). Les hiérarchies dépendent des valeurs qu'on met en premier, selon que ce soit l'essence ou l'existence, la paix ou le dynamisme, le fond originel ou la création etc... Et puis si on mêle ces choses, alors là la variété devient sans doute infinie. Chacun fait bien ce qu'il veut mais ce qui rend heureux Paul n'est pas forcément ce qui va rendre heureux Jacques, en ceci le bouddha s'est trompé, les saints chrétiens sont nombreux qui le font mentir. Quoiqu'en définitive, bien malin qui peut prétendre savoir ce qu'il y avait vraiment dans la tête du Bouddha, là aussi il faudrait un peu de retenue dans notre prétention à croire tout comprendre. Il faudrait un jour réaliser que nous sommes tous différents. Vraiment différents, et pas juste en surface.
Par ailleurs je me suis quand même fait une réflexion. Si tel lama dit en public que ** est un bodhisattva, on peut quand même s'interroger sur le sens de cette parole, et aussi sur son but. Connaissant la nature humaine, il est certain que tout le monde va être jaloux, quoique de manière évidemment inconsciente. Ou bien alors la nature humaine est devenue tellement nombriliste que personne n'en aura rien à foutre et que tout le monde restera scotché sur son téléphone portable. Peut-être que cette parole est un caillou jeté dans une mare, pour voir qui est encore capable de réagir à quelque chose.  
Ce que je vois avec mon esprit pragmatique et terre à terre, c'est que tu ne perçois pas l'état de ton interlocuteur. Mais alors pas du tout. C'était comme ça autrefois, et ça n'a pas changé. Alors je ne sais vraiment pas ce que c'est, pour toi, la clarté de l'esprit et la non-dualité. Pour moi, cela consiste à être renseigné des pensées des gens, et de leur état. Pour les tibétains aussi, il m'a semblé. Enfin, disons qu'un des effets de la clarté consiste à savoir ce que pensent et ressentent les gens. Quand cette connaissance est obscurcie, il me semble que la cause est toujours la même, à savoir qu'on est complètement pris par ce qu'on raconte soi-même. Il m'arrive de parler à tort pendant 1 ou 2mn, mais je note que chez toi ça atteint facilement 15mn. Cela dit, je reconnais qu'il est très difficile d'écouter l'autre au moment même où on est en train de parler. On devrait quand même "écouter" ce qui se passe après chaque phrase. Au minimum il faudrait enregistrer tout ce qu'a pensé la personne pendant qu'on a parlé même si on ne s'est pas arrêté à temps, histoire de ne pas recommencer les mêmes erreurs encore et encore. Mais encore faut-il l'entendre ?
En fin de compte personne ne t'a appris à écouter les autres (rassure-toi, je ne me propose pas spécialement pour cette tache). Je ne parle pas de les écouter pour projeter ton système d'interprétation sur eux et ta grille de valeurs, mais de les écouter pour ce qu'ils sont. Pourtant c'est intéressant, cela ébranlerait pas mal de structures chez toi, de celles qui te sont totalement invisibles. 
Tu sais, les gens te jugent de la même façon que tu les juges. Tout le monde se met lui-même au sommet de sa propre pyramide, et même ceux qui t'admirent, c'est dans le secret espoir de te dépasser un jour, tu le sais bien. 
Un jour il y a longtemps je discutais avec F*et M*, pour savoir ce qu'elles pensaient de toi. Elles m'ont déçu, au sens où elles t'avaient jugé en 3 coups de cuillère à pot. Mais toi-même, je pense que tu les avais jugées tout aussi vite. Alors tu vas me dire que tu as l'esprit plus clair qu'elles. Mais je vais peut-être t'apprendre un truc, plus on a l'esprit clair, moins on est capable de juger les gens et de savoir quelque chose à leur sujet. Justement parce qu'on a conscience de ce qui nous échappe plus que de ce qu'on voit. Ce qu'on voit c'est le superficiel. Cela dit eux-mêmes voient rarement leur propre intérieur, ça ne veut pas dire qu'il n'est pas là.
Bouclons cette boucle : ce que je critique là, c'est quelque chose que je considère comme superficiel chez toi. Un superficiel qui malheureusement prend beaucoup de place. Ce que tu dis et penses à ton propre sujet, ça n'est pas si intéressant que ce que tu crois. Je considère aussi que ça n'est pas le "vrai" **. Si tout ça pouvait disparaître, alors on verrait clairement autre chose. Mais il faudrait déjà perdre la mémoire de tout ce qui s'est passé, la fameuse liste, et se concentrer sur ce qui est là aujourd'hui. Et peut-être aussi regarder les autres pour ce qu'ils sont, sans vouloir les faire entrer dans notre système. C'est le meilleur moyen de s'oublier soi-même.