Je crois que le rôle de la volonté est largement sous-estimé chez les chrétiens modernes. C'est parce qu'ils n'ont plus de perception du surnaturel. En effet, la volonté dans l'ordre naturel, se révèle un poison, surtout dans le domaine religieux. S'obliger à prier à heure fixe, à jeûner, à aller à l'église, à aimer Dieu parce que c'est pour notre bien, à ne pas être en colère... c'est la meilleure façon de se gâter le caractère, qui est déjà très mauvais à la base du fait du péché originel. Et puis c'est pénible. Alors les modernistes lui ont substitué le lâcher-prise, tandis que les tradis continuent à nous seriner nos obligations. Le discours dominant étant quand même que tout vient par grâce, selon le bon vouloir de Dieu, et qu'il n'y a qu'à se laisser faire.

Cela ne doit pas arriver à grand monde, ce processus-là, parce que sinon, les gens s'apercevraient qu'il y a un énorme effort de volonté à produire au sein de "se laisser faire", et que c'est le point crucial sur lequel les anciens ont toujours voulu nous avertir. C'est là que se joue cette histoire de liberté. Dire oui ou non à Dieu, ce n'est pas être d'accord ou non avec l'opération du chirurgien pendant qu'on est allongé sur la table, c'est prendre soi-même le scalpel et faire l'opération qu'il nous décrit, et qu'il ne fera pas lui-même.

Pour ce qui est de la transmutation de notre composé psychosomatique en corps de gloire, Dieu ne fait rien par lui-même, il propose. Une "vision" n'est pas tant une action qu'une proposition. Par exemple, Dieu nous montre notre péché. Nous pouvons nous repentir une minute, une heure ou toute la vie. A nous de voir la dose que nous voulons. La grâce sanctifiante sera reçue en fonction de ce que nous ferons. Ou alors Dieu nous envoie une maladie. Ce n'est pas la maladie qui transforme le saint, c'est l'usage qu'il en fait. Là où le croyant ordinaire va prier pour guérir ("libère-moi de cela"), le saint priera en sorte de préserver la volonté de Dieu ("Donne-moi la force de supporter ça").

Si nous avons un peu de discernement, nous voyons que la souffrance nous fait progresser plus que tout le reste. C'est ici que l'exercice de notre liberté devient difficile : allons-nous en demander plus, ou pas ? La vraie difficulté c'est de demander des épreuves lorsque tout va bien, pas d'accepter ce qui nous tombe dessus, que nous n'avons pas demandé, et pour quoi nous n'avons de toutes façons pas le choix. car cela, tout le monde le fait plus ou moins.