Je suis en train de lire le Père Monier. C'est assez intéressant, parce que c'est un moderniste, pro-Vatican II, le truc qui a quand même détruit l'Eglise Catholique... quoique quand on y regarde de plus près, ils n'avaient probablement pas besoin qu'on les aide pour s'auto-détruire. Le Père Monier, contrairement à beaucoup d'autres, a quand même l'avantage d'avoir la foi, une vraie foi, communicative, et qu'est-ce qu'on demande à un prêtre finalement ? Alors ensuite, sa théologie est un peu bancale, il oublie pas mal de choses. Il dit que Jésus est partout, pas plus dans l'hostie qu'ailleurs, ce qui est quand même une hérésie. Mais la question que je me pose au final, c'est de savoir s'il ne faut pas préférer un hérétique qui a la foi, à un théologien qui ne l'a pas (sachant que je viens encore de me prendre la tête avec un de ces "théologiens" qui prennent les gens de haut, mais qui n'a pas encore compris que la métaphysique est pratique avant d'être intellectuelle). Car le courant traditionaliste aujourd'hui, c'est ce genre de choses. Honnêtement je ne vois rien de chrétien là-dedans, à part la prétention de l'être. Ses fans d'ailleurs ne s'y trompent pas, un ramassis de royalistes et de gens de droite qui ne sont bons qu'à exploiter les autres dès qu'on leur donne le pouvoir, ils l'ont amplement prouvé tout au long de l'Histoire. Et puis finalement, tous ces chrétiens tradis ou modernistes se retrouvent quand même quand il s'agit de ne pas constater que la grâce a disparu de nos églises. Que le Père Monier ne l'ait pas vu, ça se comprend, c'était moins grave à son époque, et lui-même en avait une certaine quantité. Que les autres ne le voient pas, ça en dit long sur leur légitimité. Cela dit, là où le discours du Père Monier me chiffonne quand même, c'est quand il confond plus ou moins sciemment l'ordinarité de Jésus avec la nôtre, ce qui laisse supposer un certain refus du surnaturel. Alors là aussi on le comprend, on ne peut pas présenter une voie difficile aux gens d'aujourd'hui. Et donc il leur présente la voie de l'amour "simple", de la communion. Mais cet amour simple, celui qui nous est directement accessible, ce n'est pas la Charité (ou amour surnaturel). Par définition puisque le péché originel consiste précisément à ne plus pouvoir aimer de cet amour-là. Voulant présenter la voie facile, il propose une voie trompeuse, puique forcément tout le monde va s'imaginer qu'il s'agit d'amour humain et naturel (ce qui n'était pas son propre cas sans doute). Il est vrai que les gens ne sont pas exigeants de ce point de vue, il leur en faut peu pour se sentir "aimés", et donc pour croire aimer. J'ai croisé des prêtres qui se pensaient fermement ancrés dans l'amour et qui n'ont pas écouté un mot de ce que je leur disais. De toute ma vie, je crois que je n'ai rencontré que deux personnes ayant la profondeur suffisante pour écouter vraiment, et ça se voyait dans leur regard. Tous les autres ne sont à l'écoute que d'eux-mêmes, et d'ailleurs c'est dommage que le Père Monier soit mort, j'aurais aimé discuter avec lui. Pour moi, minimiser le surnaturel, c'est faire retomber la Foi, l'Espérance et la Charité a un niveau purement humain, ce qui est encore une façon parmi d'autres de détruire le vrai christianisme. Cela dit, je préfère cette façon-là à celle des tradis ou des théologiens sans Foi.

J'avais déjà eu un "échange" édifiant avec le Père Francis Volle, prêtre moderniste prônant l'ordinarité de la Sainte Famille, et bien sûr l'amour accessible à tout un chacun : "J'ai lu avec attention votre livre sur Saint Joseph et je me demande pourquoi Jésus devrait y être présenté comme ayant moins de sainteté que des "enfants saints" ordinaires, dont on peut lire ça et là l'histoire. Pourquoi, à douze ans, devrait-il tirer ses connaissances de Saint Joseph alors que d'autres ont eu la science infuse en étant nés d'un père humain et d'une mère certainement moins pure ? Pourquoi devrait-il s'ennuyer à la synagogue alors que d'autres ont vécu dans le monde angélique depuis leur plus jeune âge (et comment s'ennuierait-on en compagnie des anges ?) ? Par ailleurs comment la sainte famille serait-elle bavarde alors que les saints déclarent eux-mêmes qu'entre eux, ils communiquent bien autrement que par la parole (et bien plus éloquemment) ?  Et vous vous étonnez que Dieu ait pu voiler de si grands saints, mais en réalité rien n'est plus facile ! En effet, Dieu donne un voile à chacun de ses saints, sans compter que personne n'observe personne autour de soi. Vous êtes prêtre, vous savez bien que la sainteté est la chose la moins visible au monde, sauf si le saint se livre à de grandes démonstrations. Les gens sont sensibles aux lumières occultes ou magiques, aux pouvoirs de toutes sortes, mais pas à la lumière spirituelle. D'ailleurs on voit assez bien dans les vies des saints combien ils sont peu respectés par leur entourage, les vexations et les humiliations qu'ils subissent, tant qu'ils restent discrets.  J'ai le sentiment que vous avez essayé de déguiser la Sainte Famille en gens ordinaires afin de ne pas effrayer les laïcs, mais à force de ne pas effrayer les laïcs, on finit par dire des choses tout à fait fausses au sujet de la sainteté, comment s'étonner ensuite de ce que tant de gens se croient saints ? Car pour ma part j'en ai rencontré au grand nombre qui se pensent arrivés au plus haut degré de la perfection. C'est uniquement parce qu'ils n'ont pas la moindre idée de ce qu'est la perfection, et plus l'Eglise le cachera, moins ils en auront l'idée. Je pense qu'à lire votre livre, beaucoup de gens se sont pensés très semblables à Saint Joseph. Ils nous vous le diront pas directement, mais si vous dites à une personne "Je vois en toi une grande perfection, tu es une personne extraordinaire !", la personne vous dira "Non j'ai tout de même quelques défauts !" mais toute son attitude montrera son plaisir et son approbation d'être enfin reconnue à sa juste valeur.  Enfin, au sujet des ravissements de Saints Thérèse d'Avila, vous m'avez dit : "Dieu vous en préserve !". Mais soit vous considérez que Sainte Thérèse est une affabulatrice auquel cas vous avez bien raison. Soit vous considérez que ce qu'elle dit est juste, auquel cas ses ravissements sont la Présence de Dieu lui-même, et pourquoi Dieu voudrait-Il me préserver de Sa présence ? N'est-Il pas ce qu'il y a de plus désirable ?" Réponse : Invitation à cet ami ** de relire le livre sur saint Joseph dans l'esprit de celui qui l'a rédigé; je dis bien "relire" !  Changeant de sujet : le livre-maître synthétique, en spiritualité catholique, dans les temps modernes c'est celui de Père fondateur de N.D. de VIe : " Je veux voir Dieu". En somme refus total de discuter de la question du surnaturel.