C'est terrible à dire, mais je crains que Sainte Thérèse, avec sa petite voie , ait ouvert la porte à toutes les dérives, dans son désir de rendre le salut accessible à tous. En effet, dans tous les commentaires proposés, aucun ne définit le fait "d'offrir au Christ". En effet, la petite voie consiste, plutôt qu'à faire les ascèses du Père Hadji-Georgis, à tout offrir au Christ. Ce qu'on est, ce qu'on fait, ce qu'on pense etc... Mais comment savoir si notre offrande est agréée ? Personne ne semble jamais se poser la question. Pourtant, les théologiens nous disent que 1) nous pouvons actuellement communiquer avec le Christ, et mieux que ceux qui l'ont connu de son vivant parce qu'il est ressuscité 2) Son corps de Gloire n'est pas omniprésent, parce que la "présence d'immensité" n'appartient qu'au Père. Le Christ n'est présent qu'en certains lieux bien définis : les Saintes Espèces ou Saint Dons, certaines églises ou lieux consacrés, et le coeur de ceux qui croient en lui.

Donc, si nous "croyons" (encore faudrait-il définir la chose), le Christ est présent en notre coeur, cela signifie par conséquent que notre offrande doit entrer dans notre coeur. De la même façon, si nous voulons offrir un cadeau à notre voisin, nous devons nous assurer que ce cadeau ira jusque dans sa maison, et non qu'il va rester dans la rue sous la pluie. Or, la bonne nouvelle qui est aussi une mauvaise nouvelle, c'est que ce qui passe dans notre coeur, nous le sentons parfaitement. Quand quelque chose nous touche au coeur, nous le sentons à cet endroit-là, tout le monde sait où il se trouve. Une sécheresse dans l'oraison, c'est par définition que notre prière n'entre pas dans notre coeur. La Prière du Coeur, d'ailleurs, c'est une prière où l'intellect est censé descendre dans le Coeur, une prière qui s'élève du Coeur comme une flamme, donc, et non de l'intellect ou d'ailleurs.

Sainte Thérèse ne fait que transformer l'énoncé du problème (celui de la sainteté) sans nous rapprocher énormément du but. Car la question devient : comment faire passer dans notre coeur la totalité de nos ressentis à longueur de journée ? En langage bouddhiste, on dirait qu'il faut faire entrer dans le canal central les souffles vitaux porteurs de nos perceptions et conceptions. Ce qui n'est pas une mince affaire en réalité. Avoir le Christ comme fin est plus facile que viser simplement la claire lumière (l'essence divine), cela ne rend pas les choses pour autant "faciles". 

Quand on a quelque peu examiné la question, il devient évident que Sainte Thérèse était un être relativement pur, suffisamment pour que ça lui soit possible assez facilement. Le malheur, c'est qu'elle n'a pas vu que c'était impossible à la grande majorité de la population, et que cela nous deviendrait de plus en plus difficile. Comme beaucoup de saints, elle a cru que tout le monde était comme elle.