Je continue à lire C Allain (il va finir par sentir ses oreilles siffler). Il y a plein de choses bien, dans ses récits d'expériences, il partage assez bien ses états, par conséquent on peut s'y brancher et s'en servir pour ouvrir des canaux. Il dit aussi des conneries énormes, je ne m'y attarderai pas par ici (en fait je pense que tout son système est faussé par le sommet, et c'est parfaitement normal, puisqu'il channellise l'égrégore new-age. Un million d'êtres qui rampent dans le samsara ne peuvent pas réinventer le bouddhisme, ou n'importe quelle doctrine qui a été définie par des êtres partis en corps d'arc-en-ciel) . Mais grâce à lui, je me suis demandé pourquoi je n'aimais pas telle ou telle personne (car il dit que ce qu'on n'aime pas, on le devient, alors c'est intriguant). Et alors là, s'en est suivi une certaine confusion, parce que je ne trouvais aucune raison. Je ne pouvais pas dire que c'était à cause de tel ou tel défaut, puisque tous les défauts je les ai. Nous les avons tous et c'est quelque part notre condition. Moi qui aime les arbres j'ai réussi à en faire couper un que j'aimais bien dans un moment d'inconscience délirante, je suis capable de faire n'importe quelle connerie comme tout le monde et ça fait un moment que je le sais d'ailleurs. Je pardonne à mes amis d'être cons, à ma copine d'être jalouse (alors que franchement c'est pénible), à mes ennemis de me détester, car je sais bien ce qui se passe dans ces moments, on n'y peut rien.

Mais en fait il y a un truc que j'ai du mal à pardonner c'est la fierté qu'ils mettent par-dessus leur connerie. Parce que quand on est con, on est fier de l'être. C'est obligé, si on n'en était pas fier, on cesserait d'être con, on se repentirait comme disent certains, et on changerait. Dieu nous ferait juste faire une grosse connerie de temps en temps pour ne pas oublier d'où on vient. Mais ce qui verrouille tout, c'est cette fierté. Moi-même je l'ai bien sûr, mais ça je le déteste, et je crois que c'est autorisé. Quand le Père Sophrony parle de haine de soi, il ne peut parler que de cela à mon avis. Il ne peut parler d'être un pauvre hère complètement idiot, puisque cette misère, c'est notre condition. On ne peut détester sa propre condition, celle que Dieu nous a donnée, et qui nous permettra justement d'être à son image un jour avec beaucoup de bonne volonté (puisqu'on ne peut remplir que ce qui est vide). Mais la fierté de notre crasse, il ne nous l'a pas donnée, ça je ne le crois pas du tout.  

Tout le problème est de se repentir. Ce faisant, on ne peut prétendre avoir le pouvoir de se changer. On ne peut que demander à Dieu. Je demande à Dieu de ne pas refaire la connerie de l'arbre, et j'essaie d'être vigilant. Mais peut-être que j'en ferai une autre, que je tuerai un pigeon avec le scooter parce que je serai en train de penser à autre chose. (Ce qui me fait penser au jour où ma copine a tué un pigeon avec la voiture, la pauvre elle a pleuré, mais là il y avait peu de choix, il n'a pas décollé de la route en nous voyant venir, et derrière il y avait une voiture qui nous collait au cul).

Cette fierté, c'est ce qui permet de rester indéfiniment con, et d'emmerder tout le monde par la même occasion. De leur prouver qu'on existe, en somme :"Regardez, je fais plein de bruit avec ma moto sous votre fenêtre, j'existe". Et on voit très bien que si par hasard on leur demande de ne plus faire ce dont ils sont fiers, bon ben ils s'éxécutent extérieurement, mais intérieurement ils vont essayer de trouver autre chose. C'est un peu comme courir après les souris. Du coup, j'évite, parce que j'aime mieux voir une souris ronger un truc sous ma fenêtre, au moins je sais où elle est, plutôt que de la voir disparaître sous un meuble pour aller fomenter je ne sais quoi, et même faire des petits.

Alors cette fierté est devenue tellement répandue qu'elle s'affiche absolument sans vergogne, et qu'on a écopé d'un président qui en est l'archétype, car je n'ai jamais vu un petit con aussi fier de l'être. A mon avis c'est emblématique de la tendance générale.
J'ajoute que fierté de ce qu'on est ou haine de ce qu'on est c'est effectivement la même chose, pour en revenir à la question initiale. J'ai connu des homos qui détestaient l'être, ça ne les a jamais fait changer. Cette détestation de façade est généralement une façon de se dédouaner en sa faisant passer pour une victime, tandis que par en-dessous, il y a toutes sortes de bénéfices cachés.
La haine de soi dont parle le Père Sophrony, c'est seulement la haine de la prétention ou de son contraire (honte, victimisation etc) qui font de nous des multi-récidivistes de la bêtise. Aimer-détester ses "défauts", c'est ce qui les maintient en place. C'est cette saisie qui est mauvaise.