C'est en 2008 que j'ai enfin compris (je suis un peu lent) que pour être heureux, il faut aimer. Une fois découverte cette grande vérité, je me suis dit que ça serait simple. Du coup, quand j'ai eu l'occasion de voir Swami Athmachaitanya et qu'il m'a demandé (comme è tout le monde) :"What do you want", c'est ce que j'ai demandé. Bon, sans rire, ça a marché 3 jours. Il m'a réellement transmis un truc, mais 3 jours. Après ça, débrouille-toi... j'ai tout essayé, avec objet, sans objet, avec des objets tout faits par les religions (Jésus, Allah, Krishna...), avec des objets faits maison (mes yidams persos). Je me souviens qu'à l'époque je prenais le bus, et j'avais conscience de détester les gens autour de moi, et je me demandais :"Mais pourquoi est-ce que je ne les aime pas ?". Réponse évidente :"Parce que je ne le veux pas". 
Mais c'est quoi, vouloir aimer ? On n'est absolument pas maître de sa volonté en ce domaine, même si les chrétiens prétendent le contraire. Ce dont il découle d'ailleurs toute une théorie/pratique très culpabilisante et propice au refoulement. Tous les chrétiens vous diront "moi j'aime les gens". Le top a été atteint par un gars que je connaissais à l'époque, bien névrosé, et qui un jour m'a dit d'un air hargneux :"moi j'aime tout le monde !". Je me demande vraiment ce que ça voulait dire pour lui. 
Hier je lisais un livre du Père Aimilianos, qui expliquait qu'il est impossible de changer la volonté d'un homme, que même un saint en est incapable, parce que c'est la seule chose qui lui appartient. Je ne sais pas où il a vu ça, franchement. J'ai lu des biographies où des saints ont modifié la volonté des gens, un exemple célèbre c'est la petite Thérèse avec le condamné à mort qu'elle a converti par ses prières. Mais j'en ai lu d'autres, du même tonneau. Il y a aussi l'exemple de Jacques Fesch, converti par les prières de Marthe Robin. Et puis dans l'islam, le Cheikh Bentounès, qui a raconté ce qui lui était arrivé. Il ne voulait absolument pas prendre la succession de son père. Bon ben il a changé d'avis, bien obligé, par les prières de quelques uns. 
Un homme ne possède pas plus sa volonté que le reste, il est lui impossible de se contraindre à aimer Dieu et les gens. Pourquoi ? Parce que ce qui est à la racine, c'est l'ignorance, pas la volonté. si par exemple, vous pouvez par vos prières faire en sorte que la Sainte Vierge se montre à un criminel endurci, il se convertira. Pourquoi ? Parce qu'il n'est rien, son refus est un néant, et ne fait qu'exprimer son absence de perception spirituelle. Je ne dis pas que le mal n'est que l'absence de bien. Pour moi, le mal est "positif", parce qu'à la base c'est un ange, donc une émanation divine. Les émanations divines possèdent un être, une qualité intrinsèque. La volonté d'un ange n'est pas du tout la même que celle d'un homme. La volonté d'un ange, c'est son être même. La volonté d'un homme, ça n'est rien. Donc la volonté mauvaise existe en soi, mais elle n'est pas de nature humaine. 
Tout ça pour dire que l'excuse "même la prière du saint ne peut change la volonté des gens", non seulement a été contredite par de nombreuses expériences, mais elle est théologiquement fausse (je parle de ma théologie personnelle portative, qui n'est pas seulement fondée sur le christianisme). Pour en venir où ? Au fait que ce qu'il faut changer, c'est notre ignorance, pas notre volonté tordue qui n'en est qu'une conséquence. Qui dit ignorance, dit karma, ou péché. L'habitude de détester les autres, parce que tout le monde fait ça de toutes façons, et qu'on n'a pas tellement d'exemples d'autre chose. Et effectivement, la difficulté consiste bien à se trouver des modèles. Des modèles visibles. Parce qu'on peut bien me dire que tel ou tel est un grand maître, si je ne perçois rien à cause de mes obscurcissements, je ne peux pas m'en inspirer.
Je ne vais pas refaire l'historique de tous mes efforts en la matière, yidams, tummo, contemplation avec ou sans objet. Parfois je me disais qu'il suffisait de "vouloir" émaner de l'amour de son propre coeur (de fait avec le temps on finit par avoir quelque influence sur son propre vouloir), sans objet particulier, mais d'autres fois, ça ne marchait plus du tout. Au fond, toute la prose qui précède, c'était juste pour en arriver à une conclusion : aimer sans objet, c'est la même chose qu'aimer tous les objets. L'amour sans objet, ou sans cause, c'est comme la rose qui pousse dans le jardin. Si on s'imagine qu'elle va pousser sur un terrain empoisonné, on se met le doigt dans l'oeil. Il faut donc, bon gré mal gré, devenir capable d'aimer tous les objets qu'on croise, et à part le yidam, je ne vois pas de solution. Il n'y a que lui qui peut faire une chose pareille.
Peut-être qu'avec un père spirituel, ça ne prend que trois ans (les standards du Mont Athos il y a 70 ans), tout seul il en faut un peu plus. Mais je sens bien qu'il y a quelque part une ligne de flottaison. En dessous, on a la tête sous l'eau, tout nous insupporte, et en-dessus on est dans une terre pure. Quand les gens sont dans une terre pure, ils en profitent innocemment, et puis se lamentent quand ils en ressortent. Il me paraît plus efficace d'en profiter pour contempler un certain nombre d'objets, je sens que ça "grave" mieux le disque dur comme ça. Quand on vaque le nez à l'air, on ne fait rien. Quand on travaille sur tel ou tel objet, on nettoie des canaux spécifiques, et on s'aperçoit au final que le temps quotidien passé dans une terre pure est proportionnel au nettoyage des canaux.
Passer définitivement cette ligne de flottaison, c'est ce qu'on veut. Regarder un pot de gomasio et sentir qu'on "l'aime", ça change réellement le quotidien. A mon avis, rien d'autre ne le changera. Je veux dire qu'il faut en arriver jusqu'aux objets inanimés et quelconques, parce que tant que le phénomène ne touche que le vivant ou le joli, la majorité de notre champ perceptif reste exclue. Inutile de préciser qu'il touche aussi l'ensemble de nos pensées. Le passé et l'avenir ne sont plus un problème, et on peut bien y penser, puisque ces pensées sont aimables. Le problème ce n'est pas la pensée, c'est la pensée morte, c'est-à-dire celle qu'au fond nous détestons. Pourquoi les méditants essaient de faire taire les pensées ? Parce qu'ils les détestent. S'ils les aimaient, ils ne se sentiraient pas dérangés.  L’auto-libération des pensées, ce n’est pas quand elles s’abîment dans le néant telles des bulles de savon, c’est quand on les aime suffisamment pour en voir la source, qui est l’Etre. Auquel cas on les voit délever avec joie et on les laisse repartir avec joie une fois qu’elles ont fait ce qu’elles avaient à faire (nettoyer des canaux).   
Il me semble évident que cet état de terre pure est le préalable absolu à la pratique de thögal (et en plus c'est dit dans les textes). Des tas de gens font aujourd'hui des retraites dans le noir, sans être le moins du monde dans cet état au quotidien. A quoi ça peut servir sinon à les égarer encore plus ? On lit des journaux de "pratiquants" qui nous énumèrent leurs jolies visions. Mais finalement la vision la plus hallucinante qui soit, c'est de voir comme une terre pure ce qui nous semblait autrefois un enfer. Les visions de thögal c'est l'étape suivante, pas celle d'avant.