Dans les sociétés traditionnelles, le travail n'est pas "divisé" car il a une base "artisanale". La "valeur travail" dépend de essentiellement de l'implication de l'individu dans son oeuvre avec quelques associés (travail en corporation sur une base étroite). Le monde moderne est basé sur la notion de "division du travail" (cf. les travaux de Hayek chantre du libéralisme qui explique le progrès et les gains de productivité par cette division toujours multipliée, qui a selon moi son pendant analogique dans la fission atomique) et ses créations sont imputables à cette opération. Simplement le fruit de cette division n'est pas distribué de façon équitable sur les "travailleurs", ce qu' a très bien vu Marx. Il en résulte la spoliation généralisée et la décomposition de toutes les unités qui fondent la société et la vie en commun. Mais ce processus a une racine métaphysique, "kabbalistique" (et je ne vois personne qui souligne cet aspect pourtant évident): en "divisant" apparaît une réalité nouvelle (cf. texte ci dessus). Cette création est un bien commun (c'est en fait un aspect de l'harmonie et l'unité divine) qui devrait être équitablement et harmonieusement distribué. Dans les faits, elle est accaparée par quelques uns pour un temps, mais à terme sans bénéfice pour personne.

"Sur ce terrain, Marx lui-même a apprécié la théorie de la plus-value que Proudhon formulait dans Qu’est-ce que la propriété ? (1840) : « Le capitaliste, dit-on, a payé les journées des ouvriers ; pour être exact, il faut dire que le capitaliste a payé autant de fois une journée qu’il a employé d’ouvriers chaque jour, ce qui n’est point du tout la même chose. Car, cette force immense qui résulte de l’union et de l’harmonie des travailleurs, de la convergence et de la simultanéité de leurs efforts, il ne l’a point payée. Deux cents grenadiers ont en quelques heures dressé l’obélisque de Louqsor sur sa base ; suppose-t-on qu’un seul homme, en deux cents jours, en serait venu à bout ? Cependant, au compte du capitaliste, la somme des salaires eût été la même. Eh bien, un désert à mettre en culture, une maison à bâtir, une manufacture à exploiter, c’est l’obélisque à soulever, c’est une montagne à changer de place. La plus petite fortune, le plus mince établissement, la mise en train de la plus chétive industrie, exige un concours de travaux et de talents si divers, que le même homme n’y suffirait jamais. »