Il paraît que je suis plus à l'aise avec les détails, et que cette tournure d'esprit a ses qualités et ses inconvénients. Je n'en vois pas les inconvénients, à dire vrai, parce que pour moi, c'est dans le détail que réside la clé de l'univers, c'est-à-dire du réel. La clé de la tomate est-elle dans la plante développée, ou dans l'ADN ? La plante développée, le produit fini qui est saisi par l'esprit qui voit les grandes choses, n'est qu'une conséquence de ce que d'aucune appelleraient le détail, la graine. Mon lama disait qu'avec la clarté, on voit des choses de plus en plus petites. Il na jamais dit qu'on voyait des choses de plus en plus grandes. C'est normal puisque toutes les grandes choses et tous les tableaux d'ensemble sont des conséquences. Toutes les formes que nous voyons autour de nous, c'est la combinaison d'une centaine d'éléments, et de certaines forces. Tout cela n'étant peut-être que la combinaison de 5 éléments fondamentaux.  

L'autre jour, je dicutais avec un ami. Il s'agissait de savoir comment travailler sur un karma particulier, par exemple le rejet. Il semblait que pour sa part, les méditation sur la vie du Christ n'aient pas suffi à casser le noyau de ce karma-là. J'avais donc suggéré d'imaginer une situation plus en rapport avec la sienne, mais avec un personnage assez différent. La "technique du roman", pour ceux qui connaissent. Il était donc revenu assez content, en m'expliquant ce qu'il avait fait. Et comme je n'y comprenais pas grand chose, je lui ai demandé des exemples concrets. Ici nous avons vu que notre définition de ce mot était tout différente. Pour lui, un exemple concret serait "J'ai imaginé que mon personnage était rejeté par ses collègues de travail". Pour moi, ce serait "Il s'assoit dans son fauteil favori, de couleur verte, allume la lampe à son côté, la fenêtre est sur sa droite, le sol en parquet est recouvert d'un tapis persan. Il ouvre une lettre. L'écriture est petite, penchée à droite. La lettre dit : (...)". Avec chaque phrase, il y a un ressenti spécifique. Peut-être une mémoire spécifique. Alors mon ami me dit :"mais qu'ai-je besoin de tout ce bazar ?". Eh bien il se trouve que plus on médite (sur le stade de génération), plus il y a de ce bazar, plus les choses deviennent concrètes. 
Il ne s'agit ici que du stade de génération. Mais comment croyez-vous que les pratiquants de thögal passent à travers les murs ? Je ne passe pas à travers les murs, mais je crois savoir. Au début, les visions sont petites, peu brillantes, et passent à toute vitesse. Et puis elles se développent, et deviennent de plus en plus brillantes et détaillées. De plus en plus stables également. Et puis elles commencent à entrer dans la matière, qu'elles finissent par dématérialiser. Mais qu'est-ce qui a le pouvoir de dématérialiser la matière, sinon une chose plus réelle ? Donc je crois que la pratique de thögal n'amène pas vers une diaphanisation de la réalité, mais au contraire vers plus de réalité. Les visions deviennent tellement denses, d'un point de vue de l'être, qu'elles finissent par remplacer le reste.
Et donc, ce processus commence dès le stade de génération. Tout devient de plus en plus "réel", et de plus en plus détaillé. Quelques assertions de Kelsang Gyatso vont également dans ce sens.