Aurobindo avait tort en annonçant l'avènement du supramental. Ce qu'il voyait je pense, c'était l'avènement de la bêtise mondiale, et du nivellement par le bas, qui fait disparaître tous les particularismes. Parce que dans le supramental, il n'y a pas non plus de particularismes, toutes les lumières divines s'articulent harmonieusement. A ceci près qu'elle ne se mélangent pas en une sorte de grisaille universelle, où surnageraient quelques îlots de ceci ou de cela. De plus en plus fragiles. Les dieux du surmental sont clairement menacés par les flots de l'inculture générale.
L'évolution vers le supramental est exactement l'inverse de ce à quoi nous assistons, et dans la mesure où nul n'en enseigne la méthodologie, il est impossible que le flot de l'évolution aille dans ce sens. L'être humain est d'abord complètement idiot. Il ne faut pas oublier que son âme est hébergée par un singe, et que le singe en question, c'est lui qui fait la loi en l'absence d'un pouvoir spirituel supérieur. Avec un peu d'éducation, l'être humain cesse d'être idiot, il devient fanatique. Il se définit un territoire, qu'il défend en mordant tous ceux qui ne défendent pas le même. Nous sommes en train d'involuer de ce second état au premier état d'idiotie primordiale. Alors qu'il aurait fallu évoluer vers un troisième état, non pas dans le mouvement dialectique et synthétique décrit par Hegel, mais par un mouvement qui conserverait les particularismes. Dans le supramental, les lumières ne se résolvent pas les unes dans les autres comme chez Ken Wilber où il ne reste rien de tout le savoir de l'humanité passée. Elles brillent avec d'autant plus de clarté qu'elles ont trouvé leur place, et qu'elles cessent de se battre les unes avec les autres.
Une telle démarche est totalement inaccessible à l'humanité actuelle. Dans le meilleur des cas, votre interlocuteur, si intelligent soit-il, s'est fait son nid, purement avec des branches de hêtre, ou purement avec des branches de chêne, ou d'autres choses. Parfois, on retrouve deux espèces d'arbre comme chez Henri Le Saux ou Louis Massignon, mais c'est rare. Quand on en retrouve plus de deux, tous est mélangé dans un joyeux gloubi-boulga, comme chez Guénon, Schuon etc qui de toutes façons n'ont pas l'expérience de ce dont ils parlent. Car pour prôner le retour à l'état originel, il faut vraiment être aveugle à la finalité de la création.
Bref, j'ai du mal ici à délivrer de l'information, parce que, que dire ? Tous les cerveaux sont câblés à l'inverse de ce qu'il faudrait. Au lieu de vivre en s'étant défini comme un îlot qui se bat contre l'infinie variété de l'univers pour se maintenir à flot, il faudrait se définir comme la potentielle infinie variété de l'univers. Au lieu de brandir le Père Païsios contre Saï-Baba, Mère contre les chrétiens, Saint Bonnet contre la Shakti... il faudrait au contraire pouvoir s'identifier à toutes ces choses. Non pas à leur position intellectuelle étriquée, mais à leur position énergétique. Elles sont toutes très différentes, comme le chêne diffère du poirier qui diffère de la menthe qui n'est pas comme la marguerite. Est-ce que ça les empêche d'exister ? Non. Il n'y a que nous qui sommes assez arrogants pour croire qu'une lumière devrait éteindre toutes les autres, et qu'une seule île devrait briller dans tout l'univers. Quoi d'étonnant à ce qu'on retrouve ensuite dans les Productions Marvel des fous qui décident que tant qu'à faire, ça serait encore plus simple que rien ne brille ? 

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