Pendant longtemps, on se dit "Avec tout ce que je fais comme pratique (prière ou méditation), comment se fait-il que je change si peu ?". Et puis un jour on se dit le contraire :"Avec le si peu de lumière qui est là, comment se fait-il qu'il y ait de tels changements ?". Parce que bon, je me sens minable de chez minable. C'est normal je pense, parce que c'est par parties. Alors il y a des parties qui s'éclairent de plus en plus, et qui par contraste font vraiment ressortir la minabilité du reste. 
Ça me paraît mieux tenir debout que la vague explication qu'en donne le Père Sophrony (dont je reconnais bien par ailleurs qu'il est mille fois plus éclairé que moi, mais on peut être éclairé et pas forcément précis dans ses explications) : la lumière de Dieu nous éclaire comme par l'arrière, et nous voyons la saleté devant nous. Mais où se situe cet arrière ? Soit c'est dans le corps, soit ça ne l'est pas, et si ça ne l'est pas, ça n'est nulle part, parce que la vaie chose se passe dans le corps. Donc dans le corps, ça n'est pas derrière. La métaphore n'aide pas beaucoup à trouver la bonne chose. En revanche, on peut sentir très bien que la lumière circule à 12h du 3è chakra, ou à 4h, ou à 7h... c'est assez précis, en fait. Et assez intense. Et cette intensité nous fait voir à quel point les autres chakras, où ça ne circule pas pareil, sont encrassés. Et on peut se dire aussi "mais si ça circulait partout pareil, je pourrais éclairer ma chambre dans l'obscurité". Sauf que ça ne circule pas du tout partout. Et un tout petit peu de ça dans la tête, déjà ça éclaircit sacrément l'esprit, et on se met à voir plein de choses bien curieuses. Mais il faut que ça soit la vraie lumière, celle qui a un grand pouvoir même en quantité infinitésimale. Et quand on voit ce qui est et ce qui pourrait être, d'abord on se sent minable, et ensuite on comprend que tout soit possible. Si la lumière enlevait toute cette crasse qui est dans le corps, il est bien concevable qu'il pourrait guérir de tout. Les problèmes physiques n'apparaissent plus comme ils avaient coutume d'apparaître. On sent que c'est de la crasse condensée. Ainsi que tout ce qui ne va pas.

Je n'ai jamais réussi à m'obliger à faire un régime, du moins jamais longtemps. Donc je ne mange pas très bien. J'ai fini par laisser tomber cet aspect de la question, parce que ça soulevait des résistances qui fabriquaient du karma si je tentais de les affronter. Bref. Mais depuis quelque temps, je sens qu'il y a des choses que je n'arrive plus à manger, et d'autres que je n'ai jamais mangées et que je mange plus volontiers. Mais surtout il arrive une chose extraordinaire : je bois de l'eau. Ça peut paraître délirant comme proposition. Mais je déteste l'eau. Faut dire que j'ai bu du coca pendant 20 ans à peu près exclusivement, et ensuite, j'ai remplacé ça par des choses moins pires, mais toujours sucrées. Je sais qu'à un tel degré de torsion des habitudes, la volonté n'y peut strictement rien. Depuis des années, j'essaie d'opter pour le moine pire quand c'est possible, mais j'en était rendu à espérer un miracle. On ne peut pas passer son temps à se forcer à faire des choses qu'on ne veut pas. Il y a quelques semaines, j'avais placé une bouteille d'eau de 50cl sur mon bureau pour y penser. A la fin de la journée, j'en avais pas bu la moitié. J'ai laissé tomber l'idée (déjà testée maintes fois, toujours avec le même insuccès). On pourrait se dire qu'en mangeant plus à peu plus sain, le corps va se détordre progressivement. Mais en fait non, il y a un point où ça n'est pas possible, il reviendra toujours vers ses mauvaises habitudes.
Donc ça a commencé il y a une semaine peut-être. D'abord, j'ai laissé une demi assiette de ravioles, qui avaient vraiment une odeur qui me déplaisait. Le lendemain, j'ai laissé du poulet aux châtaignes, là encore il y avait quelque chose de trop bizarre. Et puis depuis quelques jours, je me rends compte que j'ai envie de boire de l'eau par moments. Et puis tiens, j'ai envie de fruits aussi par moments - alors que c'est le truc que je ne touche jamais, par une inexplicable répulsion -, et même des légumes. Et hier, je n'ai même pas mangé de gâteau au chocolat Picard. Tout ça va de pair avec le délogement d'un certain nombre de plaques de crasse énergétique, qui a été assez net ces derniers temps. Selon mes standards, il s'agit de couches assez profondes, du genre qu'on ne touchera jamais par sa propre industrie. Il y a bien entendu encore mille degrés de profondeur sous celui-là. 
Alors on pourrait se dire "non mais la nourriture, quand même, c'est pas un grand miracle". Mais le karma n'est pas organisé de la même façon pour tout le monde. Pour d'autres, le grand miracle, ça sera d'avoir une vie de couple où l'autre est son meilleur ami, son parent, son enfant... bref, une âme vraiment très proche. Pour moi, ça a été aussi facile que manger sainement pour d'autres. Mes mauvaises relations affectives (quand même bien implantées depuis la toute petite enfance) se sont révélées un karma superficiel contre toute attente. Facile à changer. Mais la nourriture... Alors bon, il y a 10 ans j'avais un ami pratiquant qui mangeait très sainement, et qui quelque part me jugeait assez faible de m'enfiler du coca et des tartes à l'abricot quand je venais chez lui. Mais lui, il n'a jamais réussi à garder longtemps une femme, alors que c'était son grand rêve, et qu'il lui en passait pas mal entre les bras. Je ne sais pas s'il est avec quelqu'un aujourd'hui. 

Bref, on ne peut pas choisir dans quel ordre on va changer. On ne peut pas non plus choisir de changer. On peut seulement faire circuler la lumière, le peu qu'on arrive à capter si on y arrive, et c'est elle qui fait les changements, dans l'ordre des couches successives. Et c'est vraiment étonnant. Comme le dit Saint Bonnet, il n'y a pas de miracles, il y a juste des choses que certains peuvent faire, et pas leur voisin.