La vidéo de Padovani m'inspire d'autres réflexions, sur la nature des "voiles" qui nous assaille. Le récit de son expérience de 2013 est intéressant. Elle a vu que des centaines de gens se précipitaient vers elle pour être aidés, elle a vu qu'elle n'était pas vraiment à la hauteur, donc elle a recommencé à pratiquer n'importe comment, puisqu'elle n'a jamais su faire, et au bout d'un mois et demi elle a perdu sa "paix", donc elle a laissé tomber le projet de progresser pour se concentrer sur ce qui était là. Bon, je ne critique pas la conclusion, qui n'est pas si mal. Ce qui est inquiétant là-dedans c'est les "voiles" qu'elle mentionne. En gros : "Si je ne me comporte pas comme ceci, les gens vont s'apercevoir que je ne suis pas au niveau où ils croient que je suis". Elle est toujours dans le rêve collectif qui croit que les fantômes seraient en état de juger autre chose que des fantômes. Non, les fantômes ne jugent qu'eux-même, et si on pense que les fantômes ont une vision de ce que nous sommes, c'est que nous sommes assurément un fantôme. Le fantôme ne peut voir autre chose que lui-même, à partir du moment où je deviens autre chose qu'un fantôme, je sors de son radar, par définition. C'est un fait physique qui est ressenti physiquement. S'évertuer à paraître pour aider les fantômes, c'est une logique de fantôme, donc ça règle la question : si on a cette tentation, c'est qu'on ne peut aider personne. 
Ce que je veux dire, c'est qu'à partir du moment où on commence à défaire le rêve général, les voiles sur lesquels on tombe ne sont plus de même nature. Ils ressemblent plutôt à des plaques de glu, sans caractérisation particulière. Par exemple, si j'ai un projet qui m'intéresse bien, et que je doive le laisser tomber, il y a toutes sortes de plaques de glu qui commencent à se détacher des canaux ici et là. On peut les interpréter psychologiquement, mais ce serait une façon de ne pas les traiter, car la description qu'on peut en faire est bien loin de la chose elle-même. Par exemple, si je vais voir un psy et qui me demande ce qui ne va pas, je vais dire "ça me déplaît d'échouer" ou "j'ai peur d'échouer". Ce qui ne veut strictement rien dire. Ce qui m'embête, c'est la plaque de glu. L'échec, le non-échec, moi, les autres, ça n'a rien à voir avec cette substance. Rudi en parle assez bien, il dit qu'on est remplis par une sorte de colle qui nous empêche de changer, et qu'on peut défaire tous les schémas qu'on veut, il faut évacuer la colle, sinon on reconstruira les vieux schémas. Sur le moment, je me suis demandé de quoi il parlait, vu qu'il ne parle jamais de ce dont il a l'air de parler. En effet, il dit que c'est des tensions. Certes. Mais ce qu'on identifie comme tensions, c'est une conséquence de cette glu, qui se trouve à l'étage du dessous. Cette glu, on passe son temps à la recouvrir d'autre chose pour ne pas la voir. C'est le sol empoisonné où poussent les plantes vénéneuses, et on discute sans fin sur la nature des plantes sans voir d'où elles viennent.
Cette glu n'est pas très facile à traiter, parce qu'il faut cesser de l'interpréter, et ensuite il faut se tenir tranquille. Par exemple, je me suis aperçu que mon hypocondrie tient sur une grosse plaque de glu. Ou, plus exactement que si telle grosse plaque de glu commence à remonter, j'ai des sensations d'étouffement, ou d'avoir le coeur qui va s'arrêter, ou autre. Mais le symptôme physique est secondaire en réalité. Donc il y a cette colle qui veut sortir de là, mais je l'en empêche parce que je l'interprète comme "je vais crever". Je me suis aperçu qu'en cessant de l'interpréter 1) je ne meurs pas 2) elle commence à s'en aller. Il y en a énormément en fait. Mais elle se dégage assez volontiers si on veut bien la laisser faire. Notre "corps" sait parfaitement comment s'en débarrasser, sauf qu'il en est empêché par nos interprétations, qui  interdisent à cette chose de sortir de là où elle est. C'est subtil, en un sens. Ça me fait penser à ce que disent certains psys, que notre mécanisme de survie s'est tordu en quelque sorte, et que maintenant on interprète toutes sortes de faits comme des menaces à notre survie. C'est assez vrai.