Il y a quelques jours, je me suis trouvé passer à proximité d’une plage, et tout ce que l’on pouvait contempler là, c’était la bêtise crasse, la prétention, l’indolence… en un mot, l’absence totale de Dieu. Celui qui prétendrait que cet endroit n’est pas un enfer ferait preuve soit du plus grand aveuglement, soit d’une insigne lâcheté. Pour ma part, j’ai préféré m’appliquer à cultiver cette vision, afin que mon sentiment puisse atteindre la profondeur et l’intensité requise. La profondeur et l’intensité conduisent à l’amour de Dieu, lequel peut ensuite devenir l’amour de la création.

Cependant, tant que la vision initiale coexiste avec l’amour de Dieu, tant que le rêve ne se résorbe pas totalement dans le Réel, on n’est guère enclin à la Charité relative. Et si les maîtres font payer leurs enseignements, c’est parce qu’ils n’aiment pas les gens. Personne n’aurait l’idée de demander de l’argent à son bien-aimé, pour quoi que ce soit. C’est donc que le disciple n’est pas bien-aimé, et comme la neutralité en la matière n’existe pas (de même que les anges neutres n’existent pas), c’est qu’il est détesté, méprisé (ou désiré, si c’est une jolie fille). Une personne qui serait profondément plongée dans l’ignorance pourrait s’imaginer concevoir une apparente neutralité, qui n’est que l’expression de son obscurité (la nuit tous les chats sont gris). Mais une personne qui serait extrêmement consciente, comme un maître, ne connaît pas la neutralité. Entre les émotions perturbatrices et la clarté/vacuité, il n’y a pas de milieu. 

A moins, bien sûr, de réinventer le monde et de se voir entouré de saints, comme certains Pères chrétiens ont pu le faire, mais il ne faut pas s’illusionner : dans ce cas précis, ce n’est plus le prochain que l’on aime, c’est sa propre projection sur le prochain. Il est donc peu probable qu’il en reçoive le bénéfice.